Titre original : The thread (2011)
Date de parution : 07/05/2014
Editions : Le livre de poche
ISBN : 978-2-253-17810-1
Nbr de pages : 545
Prix constaté : 8.10€
Résumé :
1917, Thessalonique. Le jour de la naissance de Dimitris, un terrible incendie détruit la ville. Sa famille doit déménager dans les quartiers populaires. C’est là aussi que viennent s’installer des réfugiés turcs quelques années après. Parmi eux, Katerina. Le destin réunit les deux enfants, l’un héritier d’un empire textile, l’autre couturière prodige. Ensemble, ils seront les témoins d’une Grèce tourmentée, de l’occupation allemande aux révolutions civiles et à la dictature, qui défigureront leur cité autrefois multiethnique et fraternelle.
Presque un siècle plus tard, de quels secrets sont-ils les gardiens ? Comment les transmettre avant qu’il ne soit trop tard ? Le temps est venu de dérouler le fil de leurs souvenirs…
Impressions :
« Le fil des souvenirs » est une fresque historique grandiose, qui met en avant le flux massif de populations qui a eu lieu en Grèce à partir de la première guerre mondiale. Ce roman, bien documenté et bien fourni, est une mine d’information sur l’histoire du métissage de la Grèce, l’auteur ne se contentant pas d’énumérer une suite de faits historiques mais plutôt d’apporter une analyse des causes et conséquences de ce brassage de populations et de cultures hétéroclites. Pendant de nombreuses décennies, catholiques, musulmans et juifs se sont retrouvés à vivre ensemble, en harmonie, chacun respectant les croyances des uns et des autres. Certes, le clivage riches/pauvres était déjà important, chacun étant regroupé dans un quartier particulier, mais il n’y avait pas de sentiment xénophobe comme ce fut le cas plus tard.
Le récit débute en 1917 lors d’un des incendies les plus ravageurs qui a détruit une bonne partie de Thessalonique. Pour mieux nous immerger dans cette époque mouvementée, Victoria Hislop nous propose de suivre deux familles, très différentes, de manière à mieux mettre en valeur ce choc des cultures. La première famille que l’on découvre est celle d’un riche marchand de tissus, qui jouit d’une certaine notoriété et d’une position sociale élevée. Sa vie tourne autour de son travail et son épouse n’est pour lui qu’une jolie chose à exhiber. Quant à son fils à naitre, ce n’est qu’un descendant à qui léguer son nom et son commerce. La seconde famille introduite est celle recomposée d’une petite fille qui a été séparée de sa mère suite à la guerre et qui se retrouve, bon gré mal gré, greffée à une autre famille fuyant la guerre elle aussi. Ainsi se retrouve-t-elle dans une ville inconnue, auprès de trois étrangères (une mère et ses deux filles) à essayer de trouver un sens à sa vie.
Malgré le résumé, le récit n’est pas en soi une romance mais bien un roman historique, qui retrace la vie de Katerina et Dimitris, les nombreuses embûches qu’ils ont dû traverser dans un pays en constant changement, entre les guerres, les premiers mouvements contestataires contre le chômage et les conditions de travail et l’antisémitisme grandissant. On sent l’auteure passionnée par son sujet et son travail de recherche sur l’époque est incroyable. On la sent prendre parti contre l’aberration de cette époque qui a fait éclater de nombreuses familles et qui a stigmatisé à jamais le pays. Les relations familiales des uns et des autres sont aussi passées à la loupe avec beaucoup de doigté. Entre le mari qui bat sa femme mais que personne n’arrête parce qu’on ne s’immisce pas sous le toit d’autrui, la jeune fille qui accepte de se marier à un homme qu’elle n’aime juste parce que c’est un bon parti et le mari qui attend de sa femme qu’elle lui serve « d’ornement », Victoria Hislop dresse un portrait peu glorieux d’une époque tumultueuse. Les personnages sont croqués avec soin, chaque protagoniste s’identifiant à un fil, cousu à un autre pour livrer un canevas d’une richesse incontestable. A découvrir.
Verdict : Avec les honneurs
Tagué:Couture, Flux migratoires, Grèce, Guerre, Littérature Anglaise, Métissage, Thessalonique, Tissu
J’ai dernièrement L’île des oubliés que j’ai beaucoup aimé et en lisant ton avis j’ai l’impression de trouver la même ambiance. Je n’avais pas prévu de lire d’autres romans de cet auteur mais grâce à toi, je note celui ci. Merci
De rien ^^ Ces deux romans ont l’air d’avoir beaucoup de succès. C’est le genre de roman historique que j’apprécie parce que c’est romancé tout en étant bien documenté. Je lirai son premier roman aussi à l’occasion.
Un beau billet! Si tu as aimé ce roman, tu aimeras L’île des oubliés, tu y retrouveras les mêmes « ingrédients ».
Merci. Je vais essayer de le lire à l’occasion, il est dans ma big wishlist ^^