Catherynne M. VALENTE – Immortel

immortelIllustration de couverture : Beth White
Titre original : Deathless (2011)
Editions : Panini Books
Collection : Eclipse
ISBN : 978-2-8094-3850-5
Nbr de pages : 465
Prix constaté : 20€

Résumé :
La jeune Maria Morevna, une brillante enfant de la révolution, devient la belle épouse de Kochtcheï avant de causer sa perte. En chemin, elle croisera des lutins stalinistes, accomplira des quêtes magiques, apprendra des secrets, se heurtera à la bureaucratie, à des jeux de désir et de domination.

Impressions :
Le genre imaginaire n’a jamais autant mérité son nom qu’à la lecture des récits de Catherynne M. Valente. Parce que du féérique, du magique, du fantastique, du mythe, vous n’en rencontrerez jamais autant que dans les romans de l’auteure, qui s’affranchit de tous les codes pour nous embarquer dans ses univers inventifs, poétiques et pittoresques. « Immortel » n’échappe pas à la règle. Ici, le lecteur plonge dans une ambiance irréaliste où les créatures les plus saugrenues et les plus saisissantes prennent corps au milieu d’un folklore peu revisité, celui de la mythologie slave. Si l’on retrouve quelques figures emblématiques telles que Baba Yaga ou l’oiseau de feu (qui s’apparente au phénix), on découvre également tout un bestiaire peuplé de créatures et de plantes fabuleuses : domovoï, roussalki, gamaïoun, raskobnik, alkonost, etc. Dépaysement assuré !

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  Catherynne M. Valente mêle folklore russe à des créations personnelles, le tout sous toile de fond historique, permettant ainsi de jolies métaphores et un sens caché que l’on se surprend à chercher (tels les cailloux du petit poucet). L’atmosphère est si opulente, l’univers décrit si étoffé que le lecteur ne peut qu’en prendre plein les mirettes ! Avec Valente, il est aisé de se laisser transporter en dehors du temps pour finir par se laisser prendre au jeu (de mots) dès les premières pages (et les premiers « boum badaboum » !). « Immortel » est un conte cruel et ambitieux difficile à présenter sans maladresse. Il faut le lire en mettant de côté toute vraisemblance, car ici le réel n’a plus corps, même quand l’auteure intègre une part de faits historiques. A charge pour le lecteur de se laisser emmener par la main par Maria Morevna dont la vie est faite d’aventures douces et tragiques.

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  Certains lecteurs resteront peut être hermétiques à cet univers décalé, intemporel mais en même temps ancré dans l’ère soviétique du début du XXème siècle. Personnellement, je suis sensible à cette débauche de saveurs oniriques et à cette épopée tumultueuse qui ne ressemble à nulle autre. Si vous savez faire abstraction de toute logique, si les films les plus fantastiques de Ghibli vous fascinent, probablement que vous saurez savourer comme il se mérite ce conte funeste. Car l’auteur joue sur les critères de vie et de mort, de non-vie et de non-mort. Dans le fond « Deathless » c’est plus qu’être immortel comme Kochtcheï, c’est ne pas pouvoir mourir mais ne pas être totalement vivant non plus. Cette jolie phrase décrit très bien le roman : « Et la mort n’aura pas d’empire sur elle ».

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  La grande force de Valente, c’est sa langue si riche, son talent de conteuse hors du commun, qui fait de la narration d’Immortel un petit bijou de style. Oubliez les règles concrètes, le tangible, le palpable, tout est question d’harmonie, de poésie. Au point qu’une lecture à haute voix peut sembler nécessaire pour profiter au mieux de certains passages. On se laisse transporter par le rythme des phrases, par ces envolées lyriques et ces métaphores. Impossible de ne pas saluer, en passant, le merveilleux travail de traduction de Laurent Philibert-Caillat. Je vous déconseille de vous essayer à la vo sans un très bon niveau d’anglais, au risque de vous y casser les dents.

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  Le récit nous immerge dans le quotidien de Maria Morevna, jeune fille banale pourtant sensible à la magie et aux vieilles croyances. Bien malgré elle, mais sans résister beaucoup non plus, la jeune héroïne se laisse emmener dans cet univers de conte pour être prise pour épouse par le glacial et séduisant Kochtcheï, dit l’immortel. Les rebondissements sont spectaculaires et fantastiques, les péripéties et autres épreuves que devra traverser Maria pour accomplir sa destinée ne laissent pas indifférent. Haine, jalousie, passion, fatalité sont au cœur de ce roman imaginatif. Si avec tout ça, je ne vous ai pas donné envie de vous jeter sur « immortel », blâmez-moi et ma pitoyable chronique mais pas le magnifique roman de Catherynne Valente.

  Un avertissement pour finir : « Méfiez-vous donc de cet oiseau qui vous observe depuis sa branche. Il n’est pas dit qu’un tsar cruel et attirant ne se cache pas sous ses habits de plume et viennent pour vous enlever… boum badaboum ! »

Verdict : Nuit blanche

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7 réflexions sur “Catherynne M. VALENTE – Immortel

  1. miguala 19/06/2014 à 10:23 Reply

    super article avec des images et tout! Je ne connaissais pas. Il me tente bien.

    • nymeria 25/06/2014 à 17:34 Reply

      C’est qu’à la lecture du roman et en découvrant tous ces personnages mythiques, j’ai eu envie de voir à quoi ils ressemblaient ! C’est tellement rare de croiser des légendes russes, je me suis régalée ^^ Je pense qu’il pourrait te plaire, si la mise en forme (et les répétitions) du type contes de fée ne te rebutent pas. J’ai vu que certaines personnes n’avaient pas aimé.

      • miguala 25/06/2014 à 21:46

        j’adore les contes! Alors je pense qu’il va me plaire. Et puis la répétition quand elle est variation est un véritable plaisir à lire 😉

  2. Herbefol 10/07/2014 à 08:36 Reply

    Ce bouquin a été une très bonne surprise pour moi. Je l’avais acheté parce que l’idée d’un bouquin parlant de Kochtchei m’intriguait (connaissant le personnage par le comics Hellboy, je voulais voir comment on en parlait ailleurs). Je ne m’attendais pas à cette structure de récit, en forme de conte avec les classiques répétitions (comme l’apparition des trois maris au début), mais ça m’a vraiment séduit. 🙂

    • nymeria 20/07/2014 à 22:48 Reply

      Je ne connaissais pas Kotcheï, seulement Baba Yaga. Et c’est chouette de sortir des mythes maintes fois rebattus en littérature. La structure du récit et la façon d’écrire de Valente est très particulière mais j’adore ! Si tu as apprécié, je te conssille « The girl who circumnavigated fairyland in a ship of her own making », c’est tout aussi spécial et prenant ! 🙂

  3. Milo 19/09/2014 à 18:40 Reply

    Il a l’air assez bien mais il n’y a que le coté Baba Yaga qui me tente ^^

    • nymeria 21/09/2014 à 22:30 Reply

      Si ce n’est que ça, ça ne te plaira peut être pas, le personnage de Baba Yaga n’est pas un personnage central ^^ C’est surtout l’occasion de découvrir un folkore peu visité.

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