Andrus KIVIRÄHK – L’homme qui savait la langue des serpents

xlhomme-qui-savait-la-langue-des-serpentsTitre original : Mees, kes teadis ussisõnu (2007)
Paru le : 17/01/2013
Editions : Le Tripode
ISBN : 978291-7084-649
Nbr de pages : 445
Prix constaté : 23€

Résumé :
Prix de l’Imaginaire 2014 du roman étranger
Voici l’histoire du dernier des hommes qui parlait la langue des serpents, de sa sœur qui tomba amoureuse d’un ours, de sa mère qui rôtissait compulsivement des élans, de son grand-père qui guerroyait sans jambes, d’une paysanne qui rêvait d’un loup-garou, d’un vieil homme qui chassait les vents, d’une salamandre qui volait dans les airs, d’australopithèques qui élevaient des poux géants, d’un poisson titanesque las de ce monde et de chevaliers teutons épouvantés par tout ce qui précède… Peuplé de personnages étonnants, empreint de réalisme magique et d’un souffle inspiré des sagas scandinaves, un roman à l’humour et à l’imagination délirants.

Impressions :
Grand prix de l’imaginaire 2014 dans la catégorie Roman étranger, « L’homme qui savait la langue des serpents » est une petite pépite qui mérite largement cette récompense et plus encore. Difficile à catégoriser, le roman joue sur différents registres et possède plusieurs couches, comme les oignons. En surface, il s’agit d’une fable tragi-comique, avec de nombreux éléments absurdes et fantastiques qui s’amalgament dans un joyeux délire. Des ours qui séduisent des femmes, un vieux cul-de-jatte qui se fabrique des ailes avec les os de ses victimes, un pou domestiqué de la taille d’un cheval, et j’en passe et des meilleurs. A croire que l’auteur a abusé de substances illicites. Pourtant, tout ça colle merveilleusement et l’univers est construit de telle manière que l’on s’y fait très facilement, comme si tout cela allait de soi.

  Si l’on creuse un peu plus profondément (et que l’on lit la précieuse postface de Jean-Pierre Minaudier, le traducteur), on comprend qu’Andrus Kivirähk n’est pas seulement un maitre de l’absurde qui s’est fait plaisir avec son univers complétement déjanté, c’est aussi un redoutable satiriste, qui n’hésite pas à dénoncer bon nombre de choses en les tournant en dérision. La religion catholique et les vieilles croyances en prennent ainsi pour leurs grades, l’auteur s’amusant beaucoup de la crédulité desdits croyants. L’ignorance, le progrès à tout prix et l’attachement aux anciennes coutumes, Andrus Kivirähk les dépeint avec un humour corrosif, qui nous fait passer du rire aux larmes en l’espace de quelques paragraphes. A défaut de connaitre la langue des serpents, l’auteur a au moins la langue bien pendue !

  Le récit qui nous emmène aux côtés de Leemet, au plus profond des forêts estoniennes, nous explique comment le monde moderne a sonné le glas des anciens peuples et comment les forêts se sont peu à peu dépeuplées. La fameuse langue de serpents, qui permettait à nos ancêtres de comprendre les animaux et de communiquer avec eux, tombe peu à peu dans l’oubli, au fur et à mesure que les gens quittent la forêt pour s’installer au village. Ce qui semblait couler de source devient féérique, délirant voire démoniaque pour les « citadins ». La confrontation entre ancien monde/modernité entraine plusieurs scènes délirantes où l’on s’émerveille d’un râteau ou que l’on se vante de pouvoir reconnaitre la race d’un cheval à la consistance et au goût de sa crotte…

  Si les passages cocasses sont nombreux et que la lecture amène parfois les larmes aux yeux face à une scène particulièrement croustillante, le ton du roman se révèle également cruel, décapant voire défaitiste. La mort rôde, la mort guette, de même que la vengeance, la jalousie et la bêtise crasse. L’auteur n’y va pas par quatre chemins et n’épargne rien à ce malheureux Leemet, qui devra faire face à de multiples situations traumatisantes. La narration atteste d’un certain brio, l’auteur alternant entre les phases comiques et tragiques en prenant garde à délayer son intrigue. Le roman jouit d’une grande cohésion, l’univers moyenâgeux représenté par l’auteur se déployant en une myriade de détails révélateurs. Rien n’est laissé au hasard dans cette Estonie imaginée, à la symbolique débordante.

  Les personnages, comment dire, ne sont pas piqués des vers, c’est le moins que l’on puisse dire. Leemet, le héros de l’histoire, est probablement le personnage le plus « normal » du lot. Andrus Kivirähk nous offre toute une galerie de personnages entiers, vaniteux ou vindicatifs, qu’il a pris grand plaisir à créer, et ça se voit. Au choix, il y a la mère nourricière qui ne jure que par le ragoût d’élan (au kilo si possible), le vieux « sage » à demi fou qui sacrifie à tour bras, le beau-frère ours qui lorgne les filles maladivement, les deux australopithèques et leur élevage de poux domestiqués, la paysanne qui s’imagine porter Jésus en elle… Bref, du lourd ! Ajoutez à cela une superbe plume (et traduction) qui sait jouer avec les mots, y cacher une allusion, un double sens pour mieux nous surprendre et nous faire mourir (de rire) ou nous ébahir. Une lecture inspirée et impertinente, que je ne peux que vous conseiller pauvres fous que vous êtes !

Verdict : Nuit blanche

nuit-blanche

et un futur…

indétrônable
Indétrônable

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4 réflexions sur “Andrus KIVIRÄHK – L’homme qui savait la langue des serpents

  1. lydieetseslivres 13/06/2014 à 07:43 Reply

    Ça fait longtemps que je suis attirée par cette couverture et ce titre sans savoir ce qu’il cache. Maintenant je sais. Malgré tout ce que tu en dis d’élogieux, j’ai peur que le côté loufoque soit un peu trop pour moi.

    • nymeria 25/06/2014 à 17:27 Reply

      Moi aussi, j’en avais entendu parler, j’étais plus que curieuse vu le côté loufoque. C’est sûr que le genre ne plaira pas à tout le monde, je pense qu’il ne faut pas être hérmétique à l’absurbe ou être quelqu’un de très terre-à-terre. Mais ce n’est pas non plus une histoire sans queue ni tête donc ça passe bien. 🙂

  2. Escrocgriffe 20/06/2014 à 20:16 Reply

    Ca a l’air complètement barré, je le lirai à l’occasion 😉

    • nymeria 25/06/2014 à 17:35 Reply

      Ca l’est. Mais c’est aussi très acerbe sous cette apparence. 😀

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