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Jeanne FAIVRE D’ARCIER – L’opéra macabre

opéra macabreIllustration de couverture : Anne-Claire Payet
Date de parution : 12/07/2013
Edition : Bragelonne
ISBN : 978-2-35294-691-5
Nbr de pages : 525
Prix constaté : 25€

Résumé :
On a beau être vampire,on n’en est pas moins femme…

Des maisons closes d’Alger aux dédales de Bombay, des ruelles sombres de Séville aux bûchers funéraires de Bénarès, les créatures de la nuit ne cessent d’envoûter les humains qui croisent leur route. Mais aujourd’hui comme hier, Carmilla, la sublime danseuse de flamenco vampire, ou Mâra, la Déesse écarlate, qui fut l’amante du Prince des Démons avant de devenir la favorite de nombreux maharadjahs, restent femmes jusqu’au bout des ongles : leurs passions et leurs vengeances sont implacables, surtout lorsqu’elles se piquent d’aimer des tueurs de vampires ou d’exterminer les buveurs de sang assez fous pour les combattre.
Entre l’or rouge et la magie noire, la crasse des théâtres et les sortilèges des palais indiens, la guerre du sang s’annonce plus funeste que jamais…

Impression :
Parus originellement il y a plus de dix ans, les deux opus qui constituent « L’opéra macabre » de Jeanne Faivre D’Arcier nous reviennent dans une édition revue et corrigée par l’auteur, une « fausse » intégrale, la trilogie vampirique de l’auteur se concluant avec « Le dernier vampire » paru il y a peu chez Bragelonne. Nos amis aux dents longues étant dernièrement mangés à toutes les sauces, ce n’est pas tant cette thématique qui m’intéressait que l’action où se déroulent les deux romans : Inde, Europe de l’Est, Etats-Unis ainsi que les diverses époques historiques qui sont couvertes par les deux opus. C’était aussi l’occasion pour moi de découvrir une auteure et de lire un récit qui met les femmes à l’honneur. Loin des clichés de la bit-lit, avec des vampires sauvages, dominatrices et toutes puissantes. Bref, la figure originelle du vampire, cruel et manipulateur.

  Dans le premier roman « Rouge Flamenco », on suit les traces de Carmilla puis dans le second « La déesse écarlate » celle de Mâra. Les deux romans peuvent donc se lire indépendamment l’un de l’autre sans problème, les intrigues étant différentes, bien que le personnage de Mâra, introduit dans le premier roman, revienne au premier plan dans le second. Dans l’ensemble, je suis plutôt mitigée par cet opéra macabre, qui s’il m’a plu par certains côtés, souffre de travers qui freinent la lecture et l’immersion totale. Les différents lieux visités et autres nombreuses époques traversées sont l’un des points forts de « l’opéra ». L’auteure n’a pas son pareil pour nous décrire le faste des beaux quartiers comme la misère des bas-fonds. On navigue entre opulence et déchéance, entre un bordel miteux et un hôtel particulier. L’atmosphère rendue est très vivace, les odeurs, les textures et autres sensations nous étant décrites avec soin, au point que l’on se sent parfois poisseux, parfois grisé en compagnie de nos deux héroïnes. J’ai particulièrement apprécié cet aspect.

  Entre Séville, Bombay ou Alger, l’auteur nous emmène sur les traces de sa représentation de la femme fatale. Vengeresse, impitoyable, que seul l’Amour peut faire plier. Les références sont nombreuses et donnent un certain cachet aux récits. On pense à Sheridan Le Fanu et sa Carmilla, à Carmen de Mérimée, tsigane flamboyante et inflexible, à Dracula de Bram Stocker et son personnage de Jonathan qui revêt ici plus de profondeur. L’opéra macabre emprunte également à la mythologie hindoue et la religion védique. L’intrigue de « La déesse écarlate » baigne dans une aura de mysticisme qui peut étonner concernant les vampires, mais après tout pourquoi pas ? Kali, la déesse destructrice représente plutôt bien nos deux (im)mortelles héroïnes.

  Néanmoins, il faut reconnaitre que les deux opus souffrent de langueurs et d’un manque de clarté certain. « Rouge flamenco » est le récit d’une vengeance ainsi que l’autobiographie de Carmilla. Les lieux et époques sont brassés de manière nébuleuse, au point que l’on perd tous ses repères. L’utilisation du présent de l’indicatif n’est pas pour aider à la fluidité, j’ai trouvé ce choix plutôt maladroit. L’emploi d’un langage soutenu voire spécifique concourt à nous désorienter complétement. Certes c’est beau, la saveur de certaines phrases et autres envolées lyriques sont à saluer. Mais c’est aussi empesé, indolent et ça finit vite par devenir indigeste. Dommage, parce que du coup j’ai eu du mal à apprécier les personnages qui restent éloignés du lecteur et ne transmettent pas aussi bien leurs sentiments qu’une certain atmosphère…

Verdict : Roulette russe

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Lu dans le cadre d’un partenariat entre Livraddict et les éditions Bragelonne que je remercie !

Stella GEMMELL – La Cité, tome 1

la-citéIllustration de couverture : Stephen Mulcahey
Titre original : The city, book 1 (2013)
Paru le : 27/09/2013
Edition : Bragelonne
ISBN : 978-2-35294-698-4
Nbr de pages : 575
Prix constaté : 25€

Résumé :
Construite sur des milliers d’années, faite d’une multitude de niveaux, la Cité est aussi vaste qu’ancienne. Au fil des siècles, elle s’est étendue au-delà de ses remparts, menaçant sans cesse les royaumes voisins. Au cœur de la Cité réside le sanguinaire Empereur, dont le visage reste un mystère et que la mort même semble craindre : certains vont jusqu’à douter de son humanité. Une poignée de rebelles espérant mettre fin à ce règne de terreur placent leurs espoirs en un seul homme, dont le nom sonne comme une légende : Shuskara.
Celui qui fut autrefois le général favori de l’Empereur. Un homme respecté, capable de provoquer un soulèvement et d’unir la Cité. Mais aussi un criminel trahi, emprisonné et torturé avant de disparaître.

Impressions :
Ce joli petit pavé que l’on doit à l’épouse de feu David Gemmell, seule aux commandes cette fois-ci, n’est pas une sinécure. Verbeux, bavard, truffé de circonvolutions, j’ai eu du mal à en venir à bout. Pourtant, le roman est loin d’être barbant ou inintéressant, au contraire il possède un potentiel certain. Malheureusement Stella Gemmell ne semble pas maitriser son récit, qui lui glisse des mains et part en roue libre passée la première partie du roman (qui en contient sept quand même). J’ai trouvé que ces sept parties étaient mal agencées, avec des sauts temporels d’une partie à l’autre, des personnages différents d’une partie à l’autre, ce qui manque clairement de fluidité et de passages de transition. En gros les raccords sont mal faits et le cheminement du récit en souffre beaucoup. J’ai eu la sensation en lisant le roman que les sept parties avaient été écrites individuellement les unes des autres, c’est pour dire. Si ce n’était ce problème de narration et cette sensation de remplissage qui n’avait pas lieu d’être, « La cité » aurait pu être une sacrée valeur sûre…

  Le récit, épique, emprunte aux classiques du genre et offre de jolis passages de batailles, mis en valeur par une plume efficace. Ces scènes, assez nombreuses, sont percutantes et pétries d’un héroïsme bon ton (et en plus pas sexiste vu que l’un des guerriers les plus émérites est une femme). En plus des conflits sur lesquels reposent le roman, Stella Gemmell étoffe son intrigue d’une bonne dose de machinations et de trahisons. Avec toujours en arrière-plan « la cité » qui tient une place prépondérante. Il y a des choses intéressantes à retirer dans ce complot à grande échelle, qui relie les protagonistes les uns aux autres. Si l’intrigue n’est au final pas des plus originales (on reste dans un classicisme familier), Stella Gemmell prend le temps de développer un univers foisonnant, pensé dans les moindres détails, quitte à délayer un peu trop ses idées. Dommage. Surtout quand on découvre les moindres recoins de cette cité, des égouts, à son mode de fonctionnement à travers l’histoire. L’auteur la fait « vivre » et pulser au rythme des siècles et de ses habitants, pour finir par se désagréger par la folie des Hommes… Le rendu est sublime. Tout comme la première partie du roman, qui nous introduit les laissés-pour-compte de la cité qui sont obligés de se terrer dans ses souterrains pour survivre. J’avoue que cette partie m’a vraiment enthousiasmée.

  L’auteure réussit également ses personnages, bien qu’ils soient fort nombreux, tels que l’on s’y perd un peu. Des personnalités fortes, hommes ou femmes, campés avec adresse, que l’on prend en sympathie ou en grippe. Notamment Indaro et Bartellus. On pourra toutefois regretter un cheminement qui manque un peu de cohérence dans les actions des personnages. Avec des réactions pas toujours réalistes. Peut-être est-ce parce que Stella Gemmell a tenu à incorporer à son récit de grands sentiments : amour, dévouement, jalousie, reconnaissance… La sauce prend parfois, l’auteur nous émeut, puis on passe à autre chose abruptement (genre, on remballe, on oublie). Sans compter que l’on se sent parfois pris en otage par de longs passages superflus, qui auraient facilement pu être occulté pour apporter du souffle au récit qui s’enlise petit à petit. D’ailleurs, même le traducteur a l’air de s’y perdre, il se trompe de nom de personnage dès la deuxième partie.

  Bref, un récit très inégal, trop bavard, qui aurait pu être allégé de beaucoup pour apporter du rythme à cette cité déjà foisonnante. La narration, un peu bancale, peine pour nous porter à travers les quelques 600 pages du roman. L’histoire se révèle pourtant efficace, faisant hommage aux récits épiques classiques. Le décor de la cité est opulent et joliment dressé, de même que les personnages sont fouillés. Un récit qui possède du potentiel, mal exploité par Stella Gemmell selon moi…

Verdict : Roulette russe

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Lu dans le cadre d’un partenariat entre Livraddict et les éditions Bragelonne que je remercie !

Connie WILLIS – Blitz, tome 2 : All Clear

blitz2Titre original : Blitz, book 2: All clear
Paru le : 23/08/2013
Edirtion : Bragelonne
ISBN : 978-2-35294-633-5
Nbr de pages : 719
Prix constaté : 25€

Résumé :
Londres, 29 décembre 1940 : l’une des nuits les plus meurtrières du Blitz. Pris au coeur de l’un des pires raids de l’époque, les historiens du futur Michael, Merope et Polly cherchent désespérément à revenir au XXIe siècle. En attendant de trouver un moyen de s’échapper, le trio tente de survivre aux bombardements et aux évacuations, mais il y a plus grave encore: d’après les archives oxfordiennes de 2060, il semblerait que leurs interventions aient modifié le cours des événements et la guerre pourrait bien se terminer autrement, bouleversant l’Histoire à jamais.
Quelle que soit l’ampleur des sacrifices exigés, les voyageurs du futur doivent s’engager dans un combat acharné contre le temps.

Impressions :
Enfin terminé les deux pavés qui complètent ce diptyque que j’ai enchainé à la suite. Mon sentiment une fois la dernière page tournée, c’est que Blitz aurait pu tenir sur un tome unique, de bonnes grosses coupes n’auraient pas été de trop. Au contraire, l’intrigue aurait pu y gagner au change. En terme de rythme et de suspense, l’ensemble s’étirant en longueur au point que des redondances nous sautent aux yeux. Pourtant le sujet de la seconde guerre mondiale est vaste et cette immersion dans le quotidien des Londoniens de l’époque alimente bien le moulin. Le concept du paradoxe temporel (les actions de nos historiens en herbe bouleverseront-ils le cours de l’histoire ?) est aussi un sujet qui permet plein de choses et il y avait matière à scinder le roman en deux tomes. Je repoche à Connie Willis de ne pas avoir su agencer le tout pour que l’ennui ne pointe jamais le bout de son nez. Comme si elle n’avait pas su doser les divers éléments (la petite et la grande Histoire avec l’aspect SF). Le mieux aurait peut-être été d’écrire un roman historique et de laisser tomber toute la partie SF, qu’elle n’a pas su mener avec passion.

  Ça saute d’ailleurs aux yeux dans la manière d’être de ses personnages qui n’ont d’historiens que le nom. Les pauvres rament totalement dans la semoule. Ne devraient-ils pas être archi-documenté ? Connaitre leur sujet sur le bout des doigts ? On les voit beaucoup s’inquiéter des erreurs temporelles mais pas beaucoup du pourquoi du comment finalement. Comme s’ils étaient là en touriste et que l’époque n’était pas dangereuse. Les interrogations dont ils nous abreuvent finissent par nous saouler. Heureusement la deuxième partie est beaucoup plus intéressante et l’histoire décolle enfin. Connie Willis sait faire preuve de talent lorsqu’elle nous plonge dans l’ambiance anxiogène de l’époque. On est saisi par le réalisme de la reconstitution et par les émotions qui nous submergent. Les personnages secondaires n’y sont pas étrangers et montrent une force de caractère que n’a pas forcément notre trio principal.

  Bref, un pitch de départ intéressant mais un mauvais dosage des divers éléments de l’intrigue font que le tome nous paraît poussif et parfois un peu répétitif. Le quotidien décrit avec beaucoup de réalisme et la grande connaissance de l’auteur des petits détails de l’époque se révélent par contre très prenant, et font que l’on s’accroche jusqu’à la dernière ligne droite. Captivant par bien des aspects mais pas exempt de défauts non plus. C’est d’autant plus rageant car Blitz possède un potentiel incroyable. À découvrir tout de même.

Verdict : Bonne pioche

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Connie WILLIS – Blitz, tome 1 : Black-Out

black-out-willisTitre original : Blitz, book 1 : Blackout (2010)
Paru le : 24/08/2012
Edition : Bragelonne
ISBN : 978-2-8205-0662-7
Nbr de pages : 672
Prix constaté : 25€

Résumé :
Oxford, futur proche. L’université est définitivement dépoussiérée : historien est devenu un métier à haut risque. Car désormais, pour étudier le passé, il faut le vivre. Littéralement. Michael Davies se prépare pour Pearl Harbor, Merope Ward est aux prises avec une volée d’enfants évacués en 1940, Polly Churchill sera vendeuse en plein cœur du Blitz, et le jeune Colin Templer irait n’importe où, n’importe quand, pour Polly… Ils sont aux premières loges.
Une aubaine pour des historiens, sauf quand l’Histoire elle-même se met à dérailler. Et si, finalement, il était possible de changer le passé ?

Impressions :
Le premier tome de ce dyptique est un vrai poids lourd. En terme de pages (plus de 600 bien fournies), mais aussi en terme de sujet abordé qui recouvre un des pans primordial de notre Histoire : la seconde guerre mondiale. Revisiter cette partie colossale de l’Histoire peut sembler ambitieux mais Connie Willis s’y colle avec succès. En grande partie historique plutôt que SF, le récit nous embarque viva voce dans les couloirs de cette faculté où les historiens ne font pas du tout revivre l’Histoire à travers leurs recherches, mais ont plutôt décidé de « la vivre » depuis que le voyage temporel n’est plus une chimère. Qui n’a jamais rêvé de serrer la main de Gandhi ou d’assister aux grands moments historiques qui ont façonné notre monde ? Oui, mais voilà, le voyage dans le temps possède tout un tas de contraintes qu’il faut prendre en considération, et on se doute que l’exercice n’est pas simple à mettre en place.

Cette suite de procédés et de règles à suivre apportent le côté SF à une intrigue orientée vers l’histoire. Ne vous attendez donc pas à un roman dans la pure tradition des hard science ou autres, car cet aspect est vraiment secondaire. Le postulat de départ de Connie Willis était assurément de nous immerger dans cette époque chaotique, avec sa flopée de détails fascinants et étonnants, que l’on ne connait pas forcément. Le mini-dictionnaire en fin de tome vient appuyer ce parti pris, le vocabulaire et les faits marquants de l’époque étant expliqués en détails. L’auteur réussit à rendre vivant ce long cours d’histoire en nous introduisant doucement dans le contexte au travers des différents historiens embarqués dans ce voyage. Les trois protagonistes principaux, Merope, Polly et Mike, ont chacun un caractère différent et bien trempé. L’auteur fignole la psyché de ses personnages en leur inventant des relations, un passé, des souhaits propres. S’il est intéressant de les suivre dans leurs péripéties, j’avoue que certaines de leurs réactions ne m’ont toujours paru très crédibles, ni très vraisemblables (tête à claque, va !). C’est sûr que c’est plus facile d’introduire les « deux ex machina » comme ça, mais ça peut vite devenir énervant à la longue.

Gros regret tout de même sur ce premier tome de Blitz, ce sont les longueurs qui parsèment ces 600 pages. Certains passages sont un peu trop linéaires et auraient facilement pu être occultés pour alléger l’ensemble. Certaines scènes tiennent plus du chemin touristique que du suspense à s’en faire grincer les dents (je pars à l’auberge voir s’il y a quelqu’un, je retourne vers le port plutôt pour voir s’il y a un bateau, je décide finalement d’aller à la rencontre du voisin, puis je reviens en arrière…etc.). Oulala ! Quel suspense de malade ! Et quelle balade intéressante… Honnêtement quelques coupes narratives n’auraient pas été de trop. Sans compter que le début se révèle au final assez lent, avec quelques répétitions qui ne sont pas des plus exaltantes (Merope qui se plaint des enfants évacués par exemple). Bref, un premier tome prenant de par son sujet finement abordé et son intrigue bien mené, dommage que l’ensemble souffre de lenteurs.

Verdict : Bonne pioche

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Tim POWERS – Parmi les tombes

1306-parmi-tombes_orgTitre original : Hide me among the graves (2012)
Paru le : 21/06/2013
Edition : Bragelonne
ISBN : 978-2-35294-677-9
Nbr de pages : 499
Prix constaté : 25€

Résumé :
Londres, 1062. Une ancienne prostituée nommée Adelaïde frappe à la porte de John Crawford, dont elle a croisé la route autrefois. La fillette née de leur brève union aurait survécu mais son âme est prisonnière d’un spectre vampirique. Ce monstre assoiffé de sang n’est autre que John Polidori, jadis médecin de Lord Byron. le scandaleux poète. Le passé de Crawford et d’Adelaïde est lié au monde des ombres, faisant de leur enfant un trophée convoité par l’esprit maléfique.
Déterminé à sauver sa fille, le couple maudit s’allie à la poétesse Christina Rossetti et à son frère, le peintre Dante Gabriel Rossetti, eux aussi tourmentés par Polidori depuis l’enfance. Chacun devra choisir entre la banalité d’une existence humaine et l’immortalité sacrilège…

Impressions :
   Un roman qui se déroule à l’époque Victorienne à laquelle se mélange un soupçon de surnaturel et de poésie, voilà qui avait de quoi me plaire. Surtout lorsque l’on connait Tim Powers et sa capacité à imposer une atmosphère. Si « Parmi les tombes » ne manque pas de cachet, l’auteur mélangeant plusieurs ingrédients hétéroclites pour planter son décor, j’avoue que j’ai eu bien du mal à trouver convaincant l’ensemble. Comme si les morceaux ne collaient pas ou qu’il manquait un soupçon de quelque chose pour que la sauce prenne (non, ceci n’est pas une recette de cuisine…). Séparément les divers éléments offraient un potentiel que l’auteur n’a pas su exploiter.

  L’atmosphère de ce Londres Victorien où l’opulence des salons se confronte à la misère des bas-quartiers est très joliment rendue, Tim powers possédant une belle plume qui retranscrit à merveille la dualité de l’époque. De même, l’auteur s’est largement inspiré des poètes anglais (Byron, Shelley, Rosetti) qu’il met en scène dans son roman. L’aspect historique (Algernon Swineburne, Edward Trelawny) côtoie le fantastique et le tout baigne dans un univers poétique qui ne plaira pas à tout le monde. Plutôt que nous introduire dans cet univers cultivé et quelque part mélancolique, Tim Powers nous l’impose (des vers, des extraits, des références parsèment le récit au point que ça en devient barbant). On en vient à perdre le fil d’Ariane que seul l’auteur semble capable de suivre, plongé dans un songe, le sien…

  Dommage, car si Tim Powers peine à convaincre, le récit était pétri de bonnes idées qui avaient de quoi séduire le lecteur. Le fantastique s’immisce insidieusement, sans être poussif, on est loin du « carcan » vampirique que l’on voit à toutes les sauces maintenant. Ici, ils nous rongent l’âme, nous font trembler d’effroi par leur aspect repoussant et Vade Retro Satanas ! Une atmosphère méphitique qui se retrouve malheureusement plombée par un certain statisme, que les personnages, peu attachants, n’arrivent pas à gommer. Il y a peu de chances que vous ayez du mal à fermer l’œil à la lecture de « Parmi les tombes ». Ce n’est pas parce qu’un roman se veut un peu érudit, qu’il faut qu’il soit soporifique, ce que je reproche à Tim Powers qui n’a pas su faire monter la sauce. Bref, un peu déçue après le dynamique « Sur des mers plus ignorées ».

Verdict : Roulette russe

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