Archives de Tag: Casterman

Sylvain ALMEIDA & Youness BENCHAIEB – Boca Nueva, tome 1 : Soufre

boca nueva 1Date de parution : 06/01/2016
Editions : Casterman
ISBN : 978-2-203-08775-0
Nbr de pages : 124
Prix constaté : 17€

Résumé :
À Boca Nueva, le jeune Ese va trouver du travail à coup sûr. Un petit emploi peinard, sans histoires. Ce n’est pas à lui qu’on confierait une enquête impossible et dangereuse aux côtés du flic le plus irascible de la ville. Non, clairement pas…

Impressions :
Ce premier tome de « Boca Nueva », œuvre du duo Sylvain Almeida et Youness Benchaieb, m’a fait mourir de rire. La cité-état sortie de leur imagination avec tous ses habitants animalesques est des plus réussies. Un monde où la pègre est à l’œuvre, où la contrebande gangrène une cité marchande florissante. Au beau milieu de ce flot constant de migrants cherchant du travail surgit Ese, un blanc-bec gentiment naïf, qui se fera embobiner par le lieutenant de police ripoux, qui pensait avoir trouvé le bouc-émissaire parfait pour sa petite combine. Et le voilà catapulté agent de police, aux côtés de Riggs, un flic canin un brin bourru. Magie, coups-fourrés et humour sont de la partie dans ce premier tome divertissant, qui pose les bases d’une intrigue classique mais prenante.

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  L’univers imaginé par Ameida et Benchaieb puise ses sources dans les récits de flibuste ainsi que dans les bas-fonds des romans de fantasy à capuche. On y retrouve pêle-mêle tous les éléments qui font le sel de ce genre de récits : un duo improbable, une bonne dose de roublardise, des bagarres de taverne, quelques explosions pour faire bonne mesure, une crique de contrebandiers, pas mal d’humour et une petite touche de magie pour assaisonner le tout. C’est classique, certes, mais ça fonctionne à merveille, les aventures de nos deux compères étant des plus picaresques.

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  La mise en scène est très dynamique et les personnages représentant des espèces animales différentes est bien pensée. A chacun ces caractéristiques et ses attributs. Les mouvements sont d’ailleurs particulièrement bien rendus, notamment lors de la course-poursuite en « dinosaures ». Ese et Riggs sont très différents mais se complètent fort bien et leur duo naïf/vieux roublard offre de belles scènes de rigolade. La magie qui semble tirer quelques éléments au vaudou avec ses oiseaux-poupées en tissu et ses monstres marins au crâne d’animal est très intriguante. Des forces occultes seraient-elles à l’œuvre ? J’ai hâte de le découvrir dans le second tome encore à paraitre, intitulé cette fois-ci « Salpêtre » (après « Soufre » et viendra ensuite « Charbon »). A découvrir !

Verdict : Avec les honneurs

rock

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Hiroaki SAMURA – Snegurochka

snegurochkaTitre original : Harukaze no Sunegurachika (2014)
Date de parution : 17/02/2016
Editions : Casterman
Collection : Sakka
Nbr de pages : 240
Prix constaté : 12.95€

Résumé :
En URSS, à la fin des années 1930. Belka, une jeune fille handicapée, et Shchenok son domestique, s’installent dans une datcha gérée par le parti communiste. Ils sont en quête d’un mystérieux objet. Un jour, ils sont arrêtés et envoyés dans un camp de travail. Mais Shchenok, hémophile, s’épuise. Belka découvre qu’elle peut le soigner grâce à un don qu’elle aurait hérité de son père, Raspoutine.

Impressions :
Hiroaki Samura, qui a connu le succès grâce à « L’habitant de l’infini », un seinen fantastique se déroulant à l’époque des samouraïs, nous revient chez Casterman avec un oneshot. « Snegurochka » est un thriller politique du plus bel acabit, complexe et à l’ambiance parfaitement maitrisée. Si un bagage historique de la période stalinienne est un petit plus pour le lecteur se glissant entre les pages de Snegurochka, le mangaka a pensé à insérer dans sa postface quelques clés pour mieux comprendre la portée de son œuvre. Ce manga historique pourra ainsi plaire même aux non-initiés du genre, qui chercheraient quelque chose de plus mature et de plus réaliste que le manga-divertissement.

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  « Snegurochka » nous plonge dans une URSS en proie au totalitarisme de Staline, après la dissolution de l’aristocratie, massacrée ou envoyée dans des camps de travaux forcés. De nos deux héros, nous ne savons presque rien. Quelles sont leurs motivations ? Qui sont-ils réellement ? Pourquoi veulent-ils à tout prix pénétrer dans cette datcha ? Nous découvrons tout cela petit à petit, à l’aide de non-dits et de rencontres essentielles à la compréhension d’une histoire trouble. Belka et Shchenok, nos héros, sont tous deux très mystérieux. Leur relation est ambiguë, qui est le maitre et le servant, on ne le comprend pas toujours, tous deux n’ayant pas l’air de le savoir eux-mêmes à certains moments. Entre une Belka en fauteuil roulant et un Shchenok en proie à des crises dont seule la jeune femme semble pouvoir le tirer à l’aide d’un drôle de gant, le mystère plane.

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  Ce oneshot de plus de 200 pages se révèle passionnant. Que ce soient les personnages, le contexte, les décors, tout est travaillé dans les moindres détails. La narration, qui se nourrit de quelques flash-backs nous aidant à comprendre l’intrigue, est brillamment exécutée. Le graphisme est brut, cru et franchement inspiré. Les planches fourmillent de détails, les coups de crayon, nombreux, sont adoucis par un trait très fin, les personnages affichant des expressions très réalistes. On est bluffé par la maitrise du trait, par les émotions véhiculées par les différents visages et postures. C’est élégant et saisissant. Bref, une réussite en tous points.

Verdict : Avec les honneurs

rock

Daisuke IMAI – Sangsues, tome 1

sangsues-casterman-01Complet en 5 tomes
Titre original : Hiru (2011)
Date de parution : 13/05/2015
Editions : Casterman
Collection : Sakka
ISBN : 978-2-203-09536-6
Nbr de pages : 156
Prix constaté : 8.45€

Résumé :
Yoko, une fille à première vue ordinaire, s’est évaporée. Nous ne la voyons pas, mais elle est là, juste sous nos yeux : Yoko vit chez nous pendant notre absence, allant d’un appartement à un autre selon ses besoins et ses envies. Yoko est une sangsue : elle a cessé d’exister aux yeux de la société et vit désormais, invisible, dans ses replis, dans l’angle mort de nos consciences. Elle se croit seule dans son cas, elle va découvrir toute une société parallèle, un amas d’électrons libres qui coexistent sans que nous les voyions alors que la violence y est omniprésente. Car les sangsues se disputent nos domiciles, qu’elles appellent des nids, s’affrontent dans de sanglantes guerres de territoire et se livrent à des vendettas qui tournent volontiers au massacre.

Impressions :
Dans ce premier tome de « Sangsues » de Daisuke Imai, nous allons à la rencontre des évaporés, ces quelques centaines d’habitants qui, chaque année, disparaissent sans laisser de traces au Japon. Pression monstrueuse au travail, vie de famille difficile, problèmes financiers, on ne sait pas trop. Mais tout porte à croire que ces gens s’évanouissent dans la nature car ils se sentent dépassé par la société. A partir de ce phénomène sociétal réel, Daisuke Imai dresse le portrait d’une jeune femme, Yoko, qui à la suite d’un accident va choisir de ne pas démentir sa mort et commencer une vie parallèle en tant que « sangsue ». Pourquoi donc ce terme ? Parce que Yoko qui ne possède plus d’existence « réelle » s’introduit chez des gens absents (au boulot, en vacances, etc.) pour y prendre une douche, manger, passer du temps… et ce toujours en remettant tout à sa place et en partant avant le retour de la personne, de sorte qu’elle ne se rende compte de rien… En gros, en vivant à ses dépens, comme un micro-organisme qui aurait investi sa maison. Flippant, non ? Qui sait, vous abritez peut-être une sangsue vous-même chez vous sans le savoir…

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Yoko s’introduit chez vous et prend ses aises…

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Sans savoir qu’il y a des règles à respecter !

  Ce premier tome pose les bases de ce mode de vie si particulier et nous emmène sur les pas de Yoko, qui s’improvise sangsue sans même en connaitre les règles. Car oui, il y a un code à suivre pour devenir sangsue et Yoko va vite le faire voler en éclats et mettre ainsi sa vie en danger. L’atmosphère est mystérieuse mais aussi angoissante, Daisuke Imai jouant sur le sentiment d’intrusion et de perte de repères qu’opère Yoko et ses semblables. En cela, la mise en scène est très bien faite car elle laisse la place à des arrêts images par images, avec un détail qui change de-ci-de-là mais qui entraine la peur. Un peu comme dans les films d’épouvante où le personnage est allongé sur le lit, il y a une douce brise qui agite les rideaux, tout est calme, puis zoom sur les jambes de quelqu’un qui se tient penché près de lui. De quoi glacer le sang ! On remarque d’ailleurs que dans tout le tome, le mangaka use de procédés cinématographiques et que l’impact visuel est très important pour lui, au détriment peut –être de dialogues peu présents dans ce premier volume. Côté graphisme, c’est agréable à l’œil, avec des contrastes très appuyés. Beaucoup de noir pour renforcer l’aspect angoissant, les mouvements mis à l’honneur, même si on peut regretter le manque de décors qui créé une impression de vide parfois. Néanmoins, l’ambiance est posée, l’intrigue pleine de suspense et notre héroïne fort sympathique. Unejeune fille comme une autre, qui va vivre une expérience hors du commun.

Verdict : Bonne pioche

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Ayako NODA – Le Monde selon Uchu, tome 1

le monde se lon uchu 1Titre original : Watashi no Uchuu (2012)
Traduit par : Aurélien Estager
Date de parution : 17/02/2016
Editions : Casterman
Collection : Sakka
ISBN : 978-2-203-09713-1
Nbr de pages : 213
Prix constaté : 8.45€

Résumé :
Alice arrive dans une nouvelle école et fait la connaissance d’Uchu, camarade de classe taciturne. Il apprend à la jeune fille que leur monde est en fait un manga dont il est le héros, et qu’à ce titre il ne peut pas mourir. Alice commence alors à remarquer que des cercles contenant des mots apparaissent parfois au-dessus d’elle et a la sensation d’être constamment épiée.

Impressions :
Voilà un manga que je voulais absolument tenter à cause de son pitch franchement original. L’histoire d’Uchu, personnage central d’un manga dont il se rend compte qu’il est un personnage ! Comment réagiriez-vous si vous vous rendiez compte que vous n’êtes pas réel et que vos moindres faits et gestes sont épiés et dictés par un dessinateur omniscient. Perturbant, non ? Eh bien, c’est l’idée imaginée et mise en scène par Ayako Noda, une nouvelle venue dans le manga mais qui, je suis sûre, fera beaucoup parler d’elle ! Un manga original, complet en deux petits tomes, et qui permet de voir le Manga sous un autre angle.

  Avec un tel concept, la mangaka ouvre tout un champ de possibilité que l’on espère voir exploité. Et du potentiel, il y en a à la pelle. Des personnages qui nous interpellent, nous lecteurs de cette histoire, qui se censurent ou essaient de détourner notre attention (comme lors de la douche), autant de stratagèmes qui ont le mérite de nous immerger complétement dans le récit. Uchu, le héros du manga, n’est pas le seul à se rendre compte qu’il est un personnage fictif. Un de ses camarades de classe et son professeur sont aussi au courant du phénomène. Uchu va jusqu’à mettre dans la confidence deux de ses proches. A partir de là, le récit prend un tournant peu courant, le lecteur faisant partie intégrante de l’histoire. Un peu à la manière d’un voyeur…

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  La mise en scène est efficace. Loin de mettre en avant une avalanche d’effets de manche comme on pourrait le craindre, Ayako Noda mise tout sur des planches simples tout en se jouant des codes du genre. Bulles, décors en fleurs, onomatopées et autres motifs qui sautent sur les personnages, c’est comme si l’on redécouvrait les codes du manga avec toutes ses subtilités. Le trait de la mangaka est agréable, un peu shôjo avec de nombreux coups de crayon visibles. Parfois drôle, toujours décalé, le ton du « Monde selon Uchu » est celui de l’adolescence et du milieu scolaire. Uchu, à défaut d’être attachant, est un personnage mystérieux qui ne se livre pas à nous (forcément !). Sa disparition nous donne envie d’en savoir plus et de découvrir le fin mot de ce manga pas comme les autres.

Verdict : Bonne pioche

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Atsushi KANEKO – Deathco, tome 1

deathco 1Titre original : Deathco (2014)
Date de parution : 06/01/2016
Editions : Casterman
Collection : Sakka
ISBN : 978-2-203-09842-8
Nbr de pages : 169
Prix constaté : 8.45€

Résumé :
Dans une société où n’importe qui peut s’improviser tueur à gages, Deathko fait régner la terreur. Ado gothique et mélancolique, Deathko hait le monde entier et le lui fait payer. Lorsque la mystérieuse « Guilde » met la tête d’un malheureux à prix, Deathko quitte la cave du château où elle fabrique amoureusement ses instruments de mort.
La nuit venue, Deathko sort chasser.

Impressions :
Le mangaka de « Deathco » est connu pour son style affirmé, loin des classiques du manga, lorgnant plus facilement du côté des comics. Des encrages sombres, beaucoup de contraste et des personnages aux allures un peu rétro, époque fifties. Dans « Deathco », c’est toute une ambiance qui est programmée. Gothique, carnavalesque, grunge, torturée. Si vous êtes fans des romans d’Anonyme, des films de Rodriguez et Tarantino ainsi que de l’esthétique bizarre de David Lynch, « Deathco » ravira vos mirettes ! C’est un titre grinçant, délirant et jubilatoire, au graphisme magnifié. Un coup de cœur pour ce très bon titre de la collection Sakka de Casterman !

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  Atsushi Kaneko n’en est pas à son coup d’essai. Après des titres tels que Bambi, Soil ou encore Wet Moon, le mangaka a su montrer que le genre savait se renouveler et pouvait tout se permettre… Si tant est que l’on en a l’audace. « Deathco » met en scène un univers impitoyable où la Mort s’invite à toutes les pages. A travers ses personnages de tueurs à gages déjantés et dépourvus de scrupules, Atsushi Kaneko nous offre le spectacle le plus hallucinatoire du manga seinen. Clowns tueurs, cheerleaders macabres, lapin meurtrier semblant sortir tout droit de Silent Hill… Le mangaka nous invite à un show grand-guignolesque dont on ne sort pas indemne.

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  Projeté dans un univers fantastique et mortifère où les contrats s’exécutent à la chaine et avec emphase, régulés par une mystérieuse Guilde dont on ne sait presque rien, le lecteur s’en prend plein les yeux. Déluge d’hémoglobine et de corps s’effondrant que vient atténuer l’effet de saturation des noirs, ce manga est à réserver aux amateurs de seinen sombre. L’univers sans concessions d’Atsushi Kaneko est un régal pour qui aime les récits borderline et inventifs. Avec son panel de personnages tous plus étranges les uns que les autres, Deathco est d’une noirceur réjouissante. Un manga peuplé de cauchemars en tous genres, de poupées mortelles et de protagonistes vils.

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  Au beau milieu de toute cette violence, l’héroïne Deathko est peut-être le personnage le plus inquiétant. Une gamine ( ?) gothique qui se balade toujours en compagnie de sa chauve-souris perchée sur son épaule et qui s’enferme dans sa bat-cave pour créer des jouets mortels, il y a de quoi prendre ses jambes à son cou. Son visuel est très réussi : un peu gothique, un peu clown, trèèès dangereuse. Le graphisme est carré. Les planches savamment étudiées pour apporter tout le dynamisme des scènes mais ne faisant pas l’impasse sur une mise en scène théâtrale quand il le faut (comme lors de l’apparition de l’héroïne qui sort de l’ombre). Du grand délire. Bref, « Deathco » ne se lit pas, ne se vit pas, ne tue pas… il se dévore !

Verdict : Nuit blanche

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