Archives de Tag: Denoël

Stéphane BERN – Moi, Amélie, dernière reine du Portugal

moi amélieEditions : Denoël
Date de parution : 04/05/2015
ISBN : 978-2-20712534-2
Nbr de pages : 400 pages
Prix constaté : 19.90€

Résumé :
Née en Angleterre en 1865, Marie-Amélie d’Orléans, princesse de France, épouse en 1886 l’héritier du trône portugais, dom Carlos de Bragance. À l’âge de quarante-trois ans, elle est foudroyée par le double assassinat de son mari et de son fils aîné. Impuissante à conjurer la révolution de 1910, elle est contrainte à l’exil, en Angleterre puis à Versailles, où elle s’éteindra en 1951 à quatre-vingt-six ans. De l’exil de sa famille à l’échec de son mariage, de la mort de son mari et de ses deux fils aux chemins de l’errance, de la révolution et des guerres, cette femme aura connu toutes les vicissitudes d’une existence romanesque. À partir de la correspondance et du journal intime de la reine Amélie, documents inédits appartenant aux archives de la Maison de France, Stéphane Bern a imaginé ses Mémoires, reflet fidèle d’une figure méconnue de l’Histoire contemporaine. Il signe ainsi son premier roman à la croisée de deux passions, le Portugal et l’histoire des monarchies européennes, et nous fait partager l’exceptionnelle leçon de vie de La reine Amélie.

Impressions :
Ceux qui me suivent régulièrement auront remarqué que je ne lis pratiquement pas de non fiction, que ce soit témoignage, biographie ou autre. Ce n’est pas un genre vers lequel je tends, je préfère regarder un documentaire que lire un essai par exemple, le domaine de l’imaginaire étant réservé aux lectures. La réédition du roman de Stéphane Bern chez Denoël m’a pourtant interpellé parce qu’il parle d’une reine à la personnalité forte, et d’un, et surtout parce que mes origines portugaises m’ont donné envie d’en savoir plus sur un pan méconnu (pour moi) de l’Histoire de ce pays.

  Que dire de cette biographie romancée qui fait la lumière sur cette reine au destin tragique ? Déjà que la narration m’a beaucoup étonnée, Stéphane Bern donnant voix à la reine Amélie comme s’il s’agissait d’un personnage romanesque. C’est donc à travers elle que l’histoire est contée, comme si elle avait tenu un journal intime de sa vie tumultueuse. L’auteur a donc la bonne idée de s’effacer derrière son personnage et de lui laisse le champ libre, ce qui rend le récit beaucoup moins didactique que l’on pourrait croire. Et qui renforce notre intimité avec cette femme hors du commun.

  Ces fausses mémoires nous relatent la vie de Marie-Amélie d’Orléans, de son enfance à sa mort et du parcours difficile qui fut le sien à la cour du Portugal. De son éducation plus que sévère auprès d’une mère acariâtre qu’elle quittera sans regrets, à sa vie d’épouse et de reine auprès d’un mari volage et de deux fils qu’elle aimera plus que tout. Marie-Amélie d’Orléans fit face à de nombreuses tragédies, tant historiques que personnelles. Le Portugal est alors la proie de nombreux tumultes et la monarchie vit ses dernières heures.

  Cette reine qui s’est beaucoup impliquée pour son pays d’adoption (combat contre la Tuberculose, création de musée, etc.) verra de nombreuses fois le bonheur lui être arraché des mains. La perte d’une fille morte née, puis l’assassinat de son mari et de son fils ainé sous ses yeux lors d’un attentat. On imagine la volonté dont elle a dû faire preuve pour continuer à vivre. La narration est appuyée par quelques documents et photos qui permettent de se resituer l’époque. Stéphane Bern nous perd parfois sous une multitude de détails historiques mais « Moi, Amélie, dernière reine du Portugal » n’est en pas moins passionnant.

Verdict : Bonne pioche

bonne-pioche

Sarah WATERS – Derrière la porte

derrière la porteTitre original : The paying guests (2014)
Traduit par : Alain Defossé
Paru le : 17 avril 2015
Editions : Denoël
Collection : & d’ailleurs
ISBN : 978-2-207-11896-2
Nbr de pages : 700
Prix constaté : 24.90€

Résumé :
Angleterre, 1922. La guerre a laissé un monde sans hommes. Frances, vingt-six ans, promise à un avenir de vieille fille revêche, habite une grande maison dans une banlieue paisible de Londres avec sa mère. Pour payer leurs dettes, elles doivent sous-louer un étage. L’arrivée de Lilian et de Leonard Barber, tout juste mariés, va bousculer leurs habitudes mais aussi leur sens des convenances. Frances découvre, inquiète et fascinée, le mode de vie des nouveaux arrivants : rires, éclats de voix, musique du gramophone fusent à tous les étages. Une relation inattendue entre Frances et Lilian va bouleverser l’harmonie qui régnait dans la maison…

Impressions :
Sarah Waters est une auteure qui m’avait beaucoup marqué avec son roman « Du bout des doigts » il y a quelques années. Elle récidive aujourd’hui avec « Derrière la porte », qui reprend les mêmes ingrédients qui m’avaient tant plu précédemment : un mélange de thriller et d’analyse de mœurs, ici à l’époque de l’après-guerre (celle de la première guerre mondiale). L’auteure nage en plus à contre-courant puisque son héroïne est gay et doit vivre son homosexualité à une époque encore très opaque où celle-ci est même signe de folie. C’est donc un roman qui se joue des codes du classicisme britannique, Sarah Waters usant d’une narration caractéristique de l’époque édouardienne, avec une prose dense (parfois un peu trop verbeuse) mais bien ancrée dans son époque après-guerre avec ses nombreuses considérations historiques.

  Le récit bien que long (un bon gros 700 pages) est aussi substantiel et explore d’intéressantes thématiques telles que la place des femmes dans ce monde d’après-guerre, la fin de la petite bourgeoisie, l’évolution industrielle qui se profile et surtout un remaniement de la famille traditionnelle maintenant que les femmes ont pris goût au travail et que de nombreux hommes sont morts à la guerre. J’ai vraiment apprécié la part historique du roman avec ses réflexions sur le féminisme, le progrès et la fin d’une époque dorée pour les rentiers. Fini le petit personnel prêt à exécuter la moindre tâche ingrate, il faut dorénavant mettre la main à la pâte et récurer soi-même les sols, faire la cuisine, les courses, etc. Il est amusant de constater que c’est encore et toujours les apparences qui comptent, avec ce souci constant de ce que vont penser les voisins et amis de cette chute de rang social. On en ressort avec l’impression que le regard des autres est un boulet duquel on ne peut se défaire, peu importe l’époque.

  Au-delà de cette analyse des mœurs d’une époque, Sarah Waters livre également un drame sensuel et fascinant, le portrait de deux femmes très différentes mais qui se complètent. Et la plus moderne des deux n’est pas forcément celle que l’on croit. Frances, la narratrice du roman, est l’archétype de la vieille fille qui vit avec sa mère et s’occupe de toutes les tâches domestiques, mettant de côté tout espoir d’émancipation. Lilian est une femme mariée, bohème et oisive mais qui fait figure de femme indépendante. Petit à petit, en grattant la première couche de peinture, on se rend compte que Frances n’est pas si transparente que ça, et a vécu à une époque une passion interdite, plus insouciante des apparences que jamais. Lilian, quant à elle, n’est pas aussi frivole qu’elle le parait et son mariage n’a rien d’idyllique non plus. Leurs histoires respectives, livrées avec mesure, laissent peu à peu la place à une passion dévorante et un drame dévastateur. Le récit nous plonge alors dans une spirale de malheurs, avec son lot de situations insupportables et de décisions sans espoir de rédemption. Une peinture des mœurs corrosive, où tout est question de convenance et qui nous habite longtemps.

Verdict : Avec les honneurs

rock

Dimitri VERHULST – Comment ma femme m’a rendu fou

comment ma femme m'a rendu fouTitre original : De Laatkomer (2012)
Traduit par Danielle Losman
Date de parution : 22/01/2015
Editions : Denoël
Collection : & d’ailleurs
ISBN : 978-2-207-11781-1
Nbr de pages : 144
Prix constaté : 14.90€

Résumé :
Par désespoir, pour asticoter son monde et surtout pour se venger de son épouse qu’il déteste, Désiré Cordier, petit bibliothécaire retraité de son état, décide de simuler la maladie d’Alzheimer. Bientôt il se prend au jeu et s’amuse des réactions désemparées de sa famille. Il découvre là une liberté qu’il n’a jamais connue et un moyen sûr de s’éloigner de son entourage, et surtout de sa femme qui l’a toujours régenté. Il décide alors de se plonger dans les joies de la démence, la sénilité et l’incontinence… et finit par être interné dans une institution… La maison de retraite lui réserve quelques surprises, comme les retrouvailles avec son amour de jeunesse et la rencontre avec des pensionnaires aussi déjantés que lui. À travers des portraits féroces et hilarants, Verhulst, qui a un don sans pareil pour rendre le comique tragique, et vice versa, nous livre sa vision douce-amère du mariage.

Impressions :
A la lecture du synopsis de « Comment ma femme m’a rendu fou », et à l’idée de découvrir l’histoire de cet homme qui se fait passer pour sénile dans le seul but d’échapper à sa femme, je me suis dit que de belles heures de poilades m’attendaient. Le court roman de Dimitri Verhulst est au final plus doux-amer qu’irrévérencieux et franchement rigolard. Certes, on rit un peu face à la dégringolade qu’est la vie de cet homme qui cherche à tout prix à échapper au fiel de son épouse, mais on est surtout triste de voir que l’esprit de famille compte pour si peu. Sans compter un message qui n’a au final rien de bien joyeux : quand on a raté sa vie, autant faire l’autruche…

  Le récit hésite sans arrêt entre un ton décalé et mordant et une mélancolie franche qui finit par nous mettre du vague à l’âme. Les descriptions de la drôle de vie maritale de Désiré notre faux papy gâteux et de son offusquée et offusquante épouse ne sont pas piquées des vers. Désiré remonte le fil de ses souvenirs pour nous expliquer pourquoi il en est venu à simuler sa démence. Qu’est-ce qui peut pousser un homme à se faire dessus délibérément ? Le protagoniste nous donne la réponse en nous racontant de nombreuses anecdotes de sa vie de famille qui nous éclaire sur son passé et sur sa décision de feindre la démence. Certaines de ces anecdotes sont particulièrement truculentes et nous font rire par leur ineptie (notamment la scène de la nuit de noces).

  D’un autre côté, malgré un ton qui se veut risible, l’approche de la mort et la sensation diffuse d’avoir gâché sa vie mettent un peu de plomb dans l’aile à l’aspect railleur de l’histoire. Si l’épouse de Désiré est l’archétype même de la vieille marâtre que tout le monde déteste, et que l’on se range facilement du côté de notre vieil imposteur, j’ai été fâchée de voir que l’auteur n’accordait pas plus d’importance à la peine que cause le protagoniste à ses enfants. OK, sa vie n’a pas été des plus heureuses mais il en est arrivé là à cause de ses propres choix, difficile de jeter la pierre à autrui. C’est un peu facile de se cacher sous une maladie – réelle et pas facile à accepter pour les proches – et d’abuser de la crédulité des gens qui l’entourent. Ne penser qu’à sa pomme sans une pensée pour ce que peuvent ressentir les gens qui l’aiment, c’est un peu raide je trouve. J’aurais préféré une confrontation en bonnes et dues formes avec l’épouse, voilà qui aurait été jubilatoire (et mérité !). Dommage que l’auteur n’est pas été au bout de son idée. Néanmoins, reste une lecture plaisante et rapide à lire.

Verdict : Bonne pioche

bonne-pioche

Sandrine COLLETTE – Six fourmis blanches

6-fourmis-blanchesDate de parution : 22/01/2015
Editions : Denoël
Collection : Sueurs Froides
ISBN : 978-2-207-12436-9
Nbr de pages : 276
Prix constaté : 19.90€

Résumé :
Le mal rôde depuis toujours dans ces montagnes maudites. Parviendront-ils à lui échapper? Dressé sur un sommet aride et glacé, un homme à la haute stature s’apprête pour la cérémonie du sacrifice. Très loin au-dessous de lui, le village entier retient son souffle en le contemplant. À des kilomètres de là, partie pour trois jours de trek intense, Lou contemple les silhouettes qui marchent devant elle, ployées par l’effort. Leur cordée a l’air si fragile dans ce paysage vertigineux. On dirait six fourmis blanches… Lou l’ignore encore, mais dès demain ils ne seront plus que cinq. Égarés dans une effroyable tempête, terrifiés par la mort de leur compagnon, c’est pour leur propre survie qu’ils vont devoir lutter.

Impressions :
Après ma lecture enthousiaste des « Nœuds d’acier » de l’auteure, la publication du nouveau roman de Sandrine Collette ne pouvait que m’intriguer. Le pitch, qui promettait de belles heures d’angoisse, m’a convaincu de m’élancer à travers les cimes de ces montagnes maudites. Malheureusement, je n’ai pas du tout été convaincu par « Six fourmis blanches » qui, s’il tient ses promesses sur la tournure anxiogène de l’aventure, m’a semblé bancal et mal ficelé au final. Bien que l’on retrouve l’aspect sans concession avec lequel l’auteure aime jouer, nous usant les nerfs face aux tribulations de ses personnages, la mise en place du récit peine à convaincre. La faute à un double récit dont la fusion finale ne fonctionne pas du tout et qui ne m’a pas paru cohérente.

  Le récit est découpé en deux parties distinctes, les chapitres étant divisés de manière à donner voix au narrateur de chaque partie, alternativement. D’un côté Mathias, de l’autre Lou. Un chapitre, un personnage, un fil linéaire. Les chapitres alternent donc entre l’aventure en montagne des uns (Lou et son groupe de vacanciers partis pour un trekking en Albanie) et la vie au jour le jour d’un autochtone (Mathias avec la présentation de sa fonction très… spéciale au sein de son village). Pris séparément les deux récits se révèlent intéressants, bien que l’histoire de Mathias soit la plus prenante avec son mysticisme assumé qui nous fait froid dans le dos. Oui, il faut reconnaitre à Sandrine Collette cette facilité à percer les faiblesses humaines et à nous horrifier avec ses personnages âpres et hors-normes. Cette plongée au cœur des croyances anciennes des albanais est fascinante à plus d’un titre, dommage que l’auteure ne l’exploite pas complétement.

  Vers les deux tiers du récit, les deux fils conducteurs finissent enfin par se croiser et par se confondre en une seule trame principale. Problème, je n’y ai pas cru une seconde tant ça m’a paru boiteux, cette manière qu’avait de se rencontrer les personnages. Sous peine de spoiler, je ne peux malheureusement pas rentrer dans les détails mais j’ai trouvé que ça manquait de fond, les explications étant balancées vite fait, comme si l’auteure avait construit les deux récits à part puis s’était décidé de les mixer. Quel dommage ! Tout le potentiel du récit de Mathias avec son étrange don se retrouve plombé, de même que le caractère angoissant de son histoire, qui finit de manière abracadabrantesque. Bref, déçue par la tournure des événements malgré un récit initial de qualité.

Verdict : Roulette russeroulette-russe

Laura FERNANDEZ – La Chica zombie

la chica zombieTitre original : La chica zombie (2013)
Traduit par : Isabelle Gugnon
Paru le : 06/11/2014
Editions : Denoël
ISBN : 978-2-207-11668-5
Nbr de pages : 363
Prix constaté : 20€

Résumé :
Dans la ville fictive d’Elron, à la fin des années 90, une poignée d’élèves et de professeurs se préparent au célèbre bal des Monstres du lycée Robert-Mitchum. Erin, seize ans, se réveille un matin et découvre avec effroi que ses cheveux sont pleins de vers, que ses doigts tombent les uns après les autres… Tout semble indiquer qu’elle est morte… Pourtant, malgré son odeur pestilentielle et sa chair en lambeaux, Erin doit quand même aller en cours. Elle cache son corps putréfié de zombie derrière des vêtements informes et du maquillage, et personne ne semble s’apercevoir de son état.

Impressions :
« La chica zombie » malgré son titre, n’est pas à prendre comme un récit apocalyptique, ni même un récit zombie borderline un peu différent. Non. « La chica zombie », s’il fallait l’étiqueter obligatoirement, est plutôt un roman allégorique du type de « La Métamorphose » de Kafka, l’aspect métaphysique en moins. Le roman de Laura Fernandez a été écrit dans une optique farfelue, drôle, qui mettrait en scène les affres de l’adolescence. Si ce n’est pas toujours réussi, il faut reconnaitre que l’idée de départ était attrayante et qu’on aurait pu tenir quelque chose de complètement délirant.

  Première déconvenue qui fera grincer des dents de nombreux lecteurs, c’est le registre employé par l’auteure. Ses ados s’expriment dans un langage châtié, vulgaire et ne pense qu’au sexe et à leur réputation. S’il faut reconnaitre que les jeunes ne s’expriment pas toujours très bien (je prends suffisamment les transports en commun pour le savoir), l’auteure a beaucoup trop forcé la dose, au point qu’on sature vite. Surtout quand l’intrigue tourne vite à qui veut coucher avec qui, avec un défi débile à la clé lancé à l’héroïne. Bref, Laura Fernandez surjoue et on perd vite de vue l’idée première qui était de nous faire rire.

  Si le récit n’a rien de fantastique dans l’absolu, l’auteure s’emploie à se lancer dans un joyeux délire avec zombies, génies et folies douces-amères comme autant d’allégories d’un malaise ambiant. Si Erin, l’héroïne se réveille un matin avec l’impression que son corps pourrit et qu’elle s’est transformée en morte vivante, le reste de son lycée n’est pas en reste avec sa prof obsédée par l’idée de se marier et son proviseur qui fait des plans sur la comète. Certains passages donnent le sourire, on finit vite par se demander qui n’est pas fou dans l’histoire. Dommage que l’auteure cherche autant à forcer le trait sur certains personnages et événements parce qu’il y avait du potentiel caché là-dessous, avec une belle critique du paraitre et des attentes de la société. Bref, une idée intéressante mais mal exploitée…

Verdict : Roulette russe

roulette-russe