Archives de Tag: Dystopie

Dan WELLS – Partials, tome 2 : Fragments

partials 2Titre original : Partials, book 2 : Fragments (2013)
Traduction par : Valérie Le Plouhinec
Edition : Albin Michel Wiz
Paru le : 26/02/2014
ISBN : 978-2-226-25494-8
Nbr de pages :
Prix constaté : 19.50€

Résumé :
Kira a trouvé un remède au virus du RM. Il coule dans le sang des Partials. Les nouveau-nés survivent, enfin. Si l’espèce humaine n’est plus directement menacée, les Partials le sont : ils meurent à l’âge de 20 ans. Kira doit cette fois sauver l’ennemi d’autrefois. Quête d’autant plus déchirante qu’elle est elle-même une Partial, qui doit trouver sa place dans ce monde fragmenté…

Impressions :
Après un premier tome explosif qui avait été un coup de cœur, ce second tome de « Partials » approfondit une intrigue déjà riche et prend le temps de développer l’univers dans ses moindres détails. Un tome de transition en somme, qui revient sur l’histoire de la création des partials et sur la scission entre les deux factions. Avec au cœur de ce soulèvement, le mystérieux laboratoire ParaGen qui n’en finit pas de nous livrer ses secrets. Révélations et rebondissement sont les maitres mots de « Fragments », Dan Wells mettant pour un temps l’action pure de côté, afin de pouvoir explorer le contexte historique et scientifique de son univers. On pourra remarquer que la première partie du récit souffre en ce sens d’une petite baisse de régime avec quelques longueurs, Kira étant livrée à elle-même et jetée au milieu de ce milieu urbain désolé et inconnu. Cependant, comme dans le premier tome, l’auteur alterne les points de vue, ce qui apporte un peu de rythme, heureusement.

  Suite à la révélation finale sur le passé de Kira et l’origine du remède au virus RM, nos divers protagonistes se retrouvent divisés, certains étant partis sur les routes à la recherche de la vérité (Kira et Samm), d’autres restants sur place et supposément à l’abri des attaques de partials, devront faire face à de nombreux bouleversements (Haru, Marcus). Les personnages sont toujours brossés avec soin, Dan Wells prenant le temps de développer leurs personnalités perspectives en les faisant mûrir, évoluer. Leurs réactions sont toujours aussi crédibles et l’insertion de questions éthique et de réflexions sur leur environnement, leur passé, sont toujours aussi plaisantes à suivre. L’auteur prend vraiment en compte l’aspect authentique et cohérent de ses protagonistes, qui nous paraissent très réalistes. Et bien que les partials ne soient pas humains, il est intéressant de voir la relation entre Samm et Kira évoluer, preuve que les humains ne sont pas forcément les plus « humains » justement. On commence à s’interroger sur les motivations de chacun. Au fond, les partials sont-ils les monstres qu’on nous dépeint ?

  Si le voile sur les origines de Kira est partiellement levé, de nombreuses questions restent en suspens. Sa rencontre avec Afa, un géant génie en informatique un peu simplet parfois, va lui permettre de découvrir le vrai visage de ParaGen. Les explications un peu confuses d’Afa et la multitude d’explications sont un peu laborieuses à suivre, il faut bien le reconnaitre. Heureusement la réunion avec Samm va apporter une nouvelle dynamique et le récit repart sur de bonnes bases. On découvre ainsi plus amplement les villes dévastées avec l’invasion de créatures peu amicales. La scène avec les chiens de garde m’a paru particulièrement flippante (ça m’a rappelé « Métal Hurlant »). Une des choses que l’on peut saluer chez Dan Wells, c’est sa capacité à nous faire réfléchir sur de nombreux thèmes, sans nous imposer « sa vision ». On passe par tout un panel de sentiments et d’interrogations mais sans vérité assénée, à charge de chaque lecteur de se faire sa propre opinion. Bref, pour l’instant une très bonne trilogie YA, en espérant que le dernier tome soit à la hauteur.

Verdict : Avec les honneurs

rock

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Ninni HOLMQVIST – L’Unité

l'unitéTitre original : Enhet (2006)
Paru le : 13/11/2013
Edition : Le Livre de Poche
ISBN : 978-2-253-16450-0
Nbr de pages : 335
Prix constaté : 7.10€

Résumé :
Parce qu’elle vient d’avoir 50 ans et qu’elle est célibataire, Dorrit est devenue « superflue » et, à ce titre, doit rejoindre l’Unité. Un appartement lumineux et confortable, agrémenté de micros et de caméras de surveillance, lui a été réservé. Un écran de télévision, mais pas de téléphone ni Internet pour communiquer avec l’extérieur… En plus d’être logés, les résidents sont nourris, bénéficient de soins médicaux et peuvent consacrer leur temps au loisir de leur choix.
Les nouveaux arrivants sont chaleureusement accueillis, avant d’être affectés à des groupes d’expérimentations médicales humaines. Le corps de Dorrit ne lui appartient plus : à chaque instant on peut lui prélever un organe au bénéfice de ceux qui vivent à l’extérieur et qui sont encore « utiles ». Tout est prévu dans le moindre détail. Sauf une rencontre qui va tout changer.

Impressions :
Dystopie adulte avec une héroïne mature (50 ans), voilà qui change agréablement des midinettes habituelles. L’univers imaginé par Ninni Holmqvist est angoissant et réaliste parce qu’il sait jouer avec nos peurs actuelles. On se sent forcément plus d’atomes crochus avec Dorrit, son héroïne, lorsque l’on est célibataire, sans enfant et que les têtes pensantes du roman nous considèrent comme superflues… Un peu comme dans le roman de Gemma Malley, « La déclaration », sauf qu’il ne s’agit pas d’enfants considérés comme un poids pour la société, mais de personnes « childfree ».

  La narratrice, qui nous raconte son expérience au jour le jour dès son entrée dans « l’unité » (espace de rebut des personnes superflues, hommes ou femmes), est attachante et fleure bon l’authenticité. J’ai été émue par son parcours, par ses choix de vie qui l’ont mené à l’Unité et par sa remise en question du système. Plus le récit progresse et plus l’angoisse augmente avec la possible obligation de devoir donner un de ses organes à un humain plus « utile » (parce qu’en plus ne vous considérer comme inutile et encombrant, la société juge bon de vous utiliser comme cobaye et donneur potentiel si quelqu’un a besoin d’un organe, même si ça signifie mourir par la même occasion…). Quelle vision extrême et barbare !

  Le ton et la narration, posé et sans esbroufe, peut parfois ennuyer par sa lenteur. Ce compte-rendu des faits au jour le jour n’est parfois pas des plus intéressantes. En quelque sorte, c’est comme si Ninni Holmqvist essayait d’endormir notre vigilance comme le fait l’unité en offrant tout le confort et toute la compréhension possible, histoire qu’on en oublie la gravité de la situation. Car mettre un pied dans l’unité, c’est le poser dans le couloir de la mort, ni plus ni moins. Peu importe que l’on vous gave des meilleurs plats et que le soleil brille sans faille.

  La fin du roman, sans illusion ni tapage, est particulièrement réussie. On est vraiment en présence d’une dystopie adulte, qui reste lucide et fidèle aux obstacles de l’univers décrit. J’avoue avoir versé ma larmiche même si je sentais la fin se profiler. Face à l’aberration de ce système qui pousse les jeunes filles à faire des bébés à la pelle, de plus en plus jeunes, de peur d’être considérées un jour comme superflues. Ce système qui ne reconnait pas l’amour des fratries, des amitiés, des êtres chers qui n’ont pas de liens de sang « direct ». Triste monde qui nous est décrit et bien amère est la leçon donnée par Ninni Holmqvist…

Verdict : Bonne pioche

bonne-pioche

Tarun TEJPAL – La vallée des masques

La-vallée-des-masquesTitre original : The valley of masks (2011)
Date de parution : 22/08/12
Editeur : Albin Michel
ISBN : 978-2-226-24301-0
Nb. de pages : 453
Prix constaté : 22.90€

Résumé :
Au cours d’une longue nuit où il attend ses assassins, d’anciens frères d’armes, un homme raconte son histoire et celle de son peuple, une communauté qui vit recluse dans une vallée inaccessible, selon les préceptes d’un gourou légendaire : Aum, le pur des purs, le porteur de vérité… Là, dans un souci d’égalité absolue, les hommes n’ont pas de nom mais un matricule, pas de visage mais un masque identique pour tous.
Et pourtant, dans cette société qui se veut égalitaire, certains sont plus égaux que d’autres. Au fur et à mesure qu’il s’élève dans la hiérarchie, jusqu’à en devenir un des chefs, le héros découvre les écueils de cette utopie, ses perversions, sa cruauté envers ceux qui dévient du droit chemin et les compromissions de ceux qui, au nom de la pureté, n’hésitent pas à éliminer chaque grain de sable.
Un de ces grains de sable finira par ouvrir les yeux du héros qui fuira vers le monde extérieur où il découvrira la musique, la lecture, le rire, l’amour… et la beauté salutaire du doute.

Ce que j’en ai pensé :
Voilà un auteur dont j’avais entendu le plus grand bien sur la blogo et les diverses revue littéraires. Son nouveau roman se présentant comme une dystopie au cœur d’une secte indienne, je n’ai pas hésité longtemps à franchir le pas. Et il est vrai que l’auteur possède une plume incomparable, les figures de style et autres allégories étant légion. Il est d’ailleurs un peu compliqué au début de pénétrer dans l’univers de Tejpal, on ne sait pas trop où l’auteur veut nous emmener. Probablement que les digressions du narrateur y sont pour beaucoup, et le lecteur a besoin d’un peu de temps pour se plonger dans le bain. Une fois le nœud de l’intrigue lancée, il est pourtant difficile de lâcher prise.

  On parcourt ce roman mi- horrifié, mi- fasciné par cette mini société créé par un gourou légendaire, Aum. Le narrateur qui a fini par s’enfuir de cette secte corruptrice, remonte le fil de ses souvenirs depuis son enfance jusqu’à son évasion. C’est vraiment édifiant de voir « de l’intérieur » comment ces sectes mettent tout en place pour gommer toute trace d’individualité et de liberté de pensée de ses membres. Depuis la naissance, où l’on place les enfants dans une grande crèche collective où chaque lien filial est effacé au profit d’une lignée unique jusqu’aux relations sexuelles où il est interdit de marquer sa préférence pour quelqu’un. C’est tout simplement consternant ce déni de pensée personnelle…

  Et c’est ce qui fait la force de roman, cette plongée dans « l’inside » via un ancien membre qui attend ses assassins (car on ne s’enfuit pas impunément de cette vallée inaccessible…) Cette notion de pureté et d’égalité absolue pousse les membres à l’auto-flagellation et à l’autodestruction. Ils sont tellement endoctrinés qu’ils trouvent eux-mêmes une explication à chaque action (ou non-action) et se fustigent pour chaque faux-pas. C’est notamment vrai quand le narrateur tente de « rationaliser » son viol par plusieurs membres. Effroyable ! On pense aux sectes connues bien évidemment (dont celle d’Aum d’ailleurs), mais aussi aux régimes totalitaires et à leur pensée dangereuse de système collectif. « La vallée des masques » apporte ainsi de nombreuses réflexions et nous ouvre les yeux sur les dérives du pouvoir.

En bref, un roman intense et choquant qui, s’il laisse place à quelques longueurs, n’en vaut pas moins le détour. Le sujet abordé peut néanmoins heurter les âmes sensibles tant certains passages sont d’une sauvagerie sans nom. A ne pas mettre entre toutes les mains, donc.

Verdict : Avec les honneurs

rock

Marie LU – Legend, tome 1

Legend 1Titre vo : Legend, book 1 (2011)
Editeur : Castelmore
Broché paru le 14/09/2012
ISBN : 978-2-36231-063-8
Nbr de pages : 285
Prix constaté : 15.20€

Résumé :
June est un prodige. À quinze ans, elle fait partie de l’élite de son pays. Brillante et patriote, son avenir est assuré dans les hauts rangs de l’armée. Day est le criminel le plus recherché du territoire. Originaire des quartiers pauvres, il sévit depuis des années sans que les autorités parviennent à l’arrêter. Issus de deux mondes complètement opposés, June et Day n’ont aucune raison de se rencontrer… jusqu’au jour où le frère de June est assassiné. Persuadée que Day est responsable de ce crime, June va le traquer… Mais est-elle prête à découvrir la vérité ?

Ce que j’en ai pensé :
Il semblerait que les dystopies se situant dans un univers post-apocalyptique et/ou sous régime totalitaire soient à la mode ces dernières années. Entre Divergent, Hunger Games, Never Sky, Promise, La peau des rêves et j’en passe, le genre en deviendrait (presque ?) redondant et usé jusqu’à la corde.

  Le contexte dans lequel nous place « Legend » ne se démarque donc pas de cette tendance, même s’il faut bien avouer que Marie Lu nous sert un roman convaincant et à l’intrigue bien menée, la juste dose de suspense en plus (de quoi nous donner envie de lire la suite). Bon, par contre, il ne faut pas s’attendre à une révolution du genre, on reste dans le très « classique » tout au long de ce premier tome, avec le traditionnel triangle amoureux, le régime despotique et répressif, le sempiternel complot qui vise à contrôler la population, des amours contrariés… Bref, rendez-vous en Terre pas du tout inconnue !

  A me lire, on pourrait penser que je n’ai pas aimé ce premier tome, cependant, il n’en est rien, je l’ai trouvé très divertissant, rapide à lire parce prenant, et franchement je n’en demandais pas plus. Alors, oui, si pour l’originalité on repassera, « Legend » s’affiche comme une bonne dystopie, au rythme haletant, l’action prenant le pas sur les sentiments pendant une bonne partie du récit. Je regrette un peu le manque de développement de l’univers de Marie Lu cependant, mais ce tome étant plutôt court, on peut penser que l’auteur détaillera plus avant certains faits par la suite. Qui plus est, on sent que les révélations ne sont pas encore de mise, l’intrigue ne faisant que se dévoiler partiellement.

  Autre point positif, « Legend » nous offre un rythme très dynamique avec ses chapitres alternant entre les points de vue de Day et June, on n’a pas le temps de s’ennuyer dans de longs passages fleur bleue comme c’est parfois le cas. Certes la romance est au rendez-vous, mais heureusement celle-ci n’est pas au centre de l’intrigue, et les deux héros paraissent assez authentiques (peut-être un peu trop brillants, mais bon…). Par contre, j’avoue que je suis de plus en plus perplexe devant l’abaissement de l’âge minimum des héros de romans YA. On est passé de 17 à 14-15 ans, bientôt ils auront tous 12 ans ! Je ne comprends pas trop ce jeunisme à tout prix, surtout que ces dystopies sont de plus en plus violentes et sans concessions…

Verdict : Bonne pioche

bonne-pioche

Lu dans le cadre d’un partenariat entre Livraddict et les éditions Castelmore que je remercie !

Ally CONDIE – Promise, tome 2 : Insoumise

promise2Titre vo : Matched, book 2 : Crossed (2011)
Broché paru le : 13/04/2012
Editeur : Gallimard Jeunesse
ISBN : 978-2-07-063440-8
Nbr de pages : 440
Prix constaté : 18.30€

Résumé :
Cassia enfreint les règles de la Société et part à la recherche de Ky… Cassia a quitté la Société pour s’aventurer dans les Provinces Lointaines, à la recherche de Ky. Cette quête pousse Cassia à remettre en question presque tout ce qui lui est cher, en particulier lorsqu’elle découvre l’existence d’une vie différente dans le Labyrinthe. Au milieu de cette frontière sauvage de grands canyons, Cassia et Ky se retrouvent enfin, mais un mouvement de rébellion est en marche.
Une trahison et une visite inattendue de Xander, personnage clef du Soulèvement, changent à nouveau la donne… Racontée alternativement par Cassia et Ky, cette suite de Promise les emmènera tous deux aux confins de la Société, où changements de camps et trahisons sèment leur parcours d’embûches

Ce que j’en ai pensé :
Le premier tome de cette dystopie m’avait beaucoup plu avec son hommage évident à « 1984 » de George Orwell et le côté Big Brother vous surveille. Ce deuxième tome me laisse par contre avec un sentiment mitigé, car autant l’analyse perspicace sur la guerre et ses ravages m’a semblée intelligente et bien menée, autant l’auteur ne fait pas beaucoup avancer son histoire, à tel point que l’on s’ennuie un peu… Si dans « Promise », l’auteure s’attachait à nous présenter son univers avec ses codes et ses règles à suivre, un monde extrêmement codifié dont on restait prisonnier, dans « Insoumise », les personnages sont sans cesse dans le mouvement, l’action du roman se déroulant en dehors de la Société.

  Les descriptions prennent du coup, une place importante, car c’est un peu l’envers du décor que l’on découvre ici, avec sa nature sauvage qui s’oppose à ses champs de batailles. La barbarie et l’inutilité de la guerre prend toute son importante et rappelle les guerres ineptes de 1984. Pire, on se sert des adolescents comme de pures données statistiques, sans aucune humanité. J’ai aimé découvrir cet aspect assez mature du roman, Ally Condie nous interpellant sur une thématique très actuelle de manière assez fine. On sent toute l’horreur des agissements de la Société qui s’oppose à la pureté des paysages, l’auteur ne nous noyant pas pour autant dans des détails à n’en plus finir.

  Là où le bât blesse, c’est que malgré les nombreux mystères restant encore à élucider à la fin du tome un, « Insoumise » ne nous offre pas grand-chose à nous mettre sous la dent. Il y a bien quelques pistes ici ou là qui font un peu avancer l’intrigue, mais les révélations s’y font rares. Car ce que Cassia découvre dans ce tome, le lecteur le savait déjà par certaines allusions précédentes, d’où la déception. Pire, malgré des personnages toujours en mouvement, la tension n’est pas très présente, le tome lorgnant plutôt du côté de la psychologie des personnages et des sentiments qui les animent. Alors oui, j’ai aimé en découvrir un peu plus sur la résistance, oui j’ai apprécié voir les personnages gagner en maturité, mais la constante introspection des protagonistes a fini par m’agacer plus d’une fois. J’espère que le troisième et dernier tome sera moins avare en suspense…

Verdict : Roulette Russe

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