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Compte-rendu – Imaginales 2016

imaginales2016  Après des années à baver d’envie devant les comptes rendus de voyage de mes camarades blogueurs, j’ai enfin pu me rendre aux Imaginales pour la première fois ! Un festival magique dans une très belle ville où l’on peut croiser une multitude d’auteurs dans les allées du parc ou aux terrasses de café. Cette proximité avec les auteurs m’a vraiment énormément plu, ils sont accessibles, souriants (même sous la bulle du livre où la température a vite grimpée en flèche), on se sent « connecté » avec tous ces passionnés de l’imaginaire ! Bref le bonheur pour tout lecteur qui ne se sent plus seul devant ces étalages de livres qui le font littéralement craquer (et ces gros sacs remplis d’achats !).

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  Arrivées en train mercredi, on en profite pour flâner dans la ville et repérer les points de chute de ces prochains jours. Après un petit détour à l’office du tourisme et une pause gourmande, direction l’hôtel. Et là, confirmation de ce que j’avais découvert quelques jours avant en préparant le voyage : notre hôtel se trouve loin du centre et le dernier bus passant vers 19h, on ne pourra pas profiter du festival et du centre-ville le soir… Grosse déconvenue, je ne m’attendais pas à ce que plus aucun bus ne rallie le centre-ville aussi tôt ! Ce qui est d’autant plus dommage qu’il a fait très beau pendant toute la durée du festival. Bon, après, il faut bien avouer qu’à 19h, après de nombreux aller retours à travers la ville, on était crevées…

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  Jeudi, dès 10h nous voilà sous la bulle du livre. Comme nous ne disposons que de deux jours et demi pour profiter du festival, on est au taquet ! Premiers achats au stand des indés (ActuSF, Mémos, Les moutons électriques), rencontre avec Jean-Laurent Socorro qui finira par me dédicacer mon livre tâché pendant le voyage par une maudite banane (j’avais honte de lui présenter). Petit détour par le stand de Maryline Weyl, pris d’assauts par une nuée de collégiennes qui se demandent comment elles vont passer le temps pendant 2 heures (genre, elles allaient s’ennuyer, hallucination !). Puis première dédicace avec Marie Brennan avec qui j’échange les politesses d’usage, sans plus (parce que oui, je me retrouve toujours frappée par le syndrome de la moule lors des dédicaces, je me ferme complétement quand je me trouve devant les auteurs). Je ne trouve rien à dire, du moins rien d’intelligent. Et là, bien sûr la personne qui t’accompagne, forcément : « Pourquoi tu n’as rien dit ? Tu sais parler anglais pourtant ?? * gros doute* Rire jaune de ma part. « Oui, bon, je n’avais pas encore lu son livre de toute façon. Que voulais-tu que je lui dise ? ». Hahaha… Ça avait été la même chose avec Robin Hobb, dont j’ai lu pratiquement tous les livres *soupir* Une autre petite gribouille de Mike Resnick. Un autre craquage au stand des éditions Rebelle puis au stand des Imaginales où j’achète un sac, un petit carnet et quelques marque-pages. Puis on déjeune, on flâne un peu. Achat du second tome du « Sang des 7 rois » par Régis Goddyn avec qui j’échange quelques mots, un échange fort sympathique ave Clément Bouhélier et son éditeur avec qui on discute des dernières parutions chez Critic. Puis il est temps d’assister à mon premier café littéraire (qui est aussi le dernier de la journée) : « Uchronies, mondes virtuels et univers alternatifs ! ». Je découvre un Lionel Davoust interprète vraiment très doué, j’en reste comme deux ronds de flan ! Clap de fin de journée, retour à l’hôtel.

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Vendredi, toujours sous le soleil (alors que l’on annonçait de la pluie), nous voici de retour sur la bulle du livre. Comme pas mal de conférences m’intéressent, j’essaie de faire dédicacer les livres que j’ai amené au plus vite. J’essaie de trouver Stéphane Przybylski qui n’était pas là le jeudi, je le trouve en plein papotage sur le stand du Bélial. Petite dédicace de Sylvie Miller et Philippe Ward pour mon premier tome de « Lasser ». Puis quelques autres achats prévus, le premier tome d’Aeternia de Gabriel Katz, le second tome du Bâtard de Kosigan, et « Port d’âmes » de Lionel Davoust (qui doit se demander pourquoi j’ai l’air plus intéressée par sa maitrise de l’interprétariat que par son livre). Il est enfin temps d’assister au premier c-l de la journée « Tant qu’on a la santé : épidémies, labos et petites gélules ». Un sujet très intéressant qui m’a donné envie de découvrir tous les romans des invités présents. Pause déjeuner, petite balade sous le soleil (on reviendra de ce séjour avec un léger hâle). 14h, retour sur le festival pour la conférence sur le light novel des éditions Ofelbe qui n’a pas l’air de passionner les foules… Dans l’après-midi, ça commence à être bondé dans la bulle du livre, je profite d’un retour de l’auteur pour faire dédicacer mon dernier livre à Jean-Marc Ligny. Normalement, je ne dois plus rien acheter (et je m’y tiens !). Je croise quelques têtes de blogueurs que je reconnais mais que je n’ose pas aborder. Après deux autres cafés littéraires passionnants ou drôles « Dragons… dans tous leurs états » et « Salopards ! Ces anti-héros qui nous passionnent » (avec un Damien Snyers au top de sa forme qui nous fait bien rire), c’est déjà l’heure de rentrer à l’hôtel (j’ai déjà dit que le temps passait vite ?).

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Samedi, dernier jour pour nous, notre train part vers 16h. J’avais l’intention de profiter du festival jusqu’au dernier moment, oui, mais que faire des bagages ? (Une valise remplie de livres et un sac avec nos affaires personnelles). Sachant qu’on doit débarrasser la chambre avant 12h et qu’une fois le bus pris, on ne pourra pas retourner à l’hôtel pour les récupérer… Et là, une des petites mains du festival nous rend un fier service, je la remercie encore une fois ici ! A nous le festival pour encore quelques heures. Un dernier petit tour dans les allées du parc, on profite des animations, on mange un bout puis ultime retour à la bulle du livre où j’essaie de faire dédicacer « Alouettes » (que j’étais en train de lire) mais Jeanne-A. Debats n’est pas encore là. J’attends, j’attends, on se moque gentiment de moi (quelle patience ! Oui mais c’est ma dernière dédicace !), puis c’est l’heure de partir, tant pis, ce sera pour une prochaine fois. Sur le quai, alors qu’on attend notre train, Sophie Dabat patiente aussi avec son petit bout. Elle nous sourit. C’est la fin d’un séjour riche en émotions.

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Mes achats livresques, dix livres (il y a les tomes 2 et 3 de Kel sous le premier tome).

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Et mon butin de goodies, est-ce que je vous avais déjà dit que j’étais signopaginophile ? 😀

Andrus KIVIRÄHK – L’homme qui savait la langue des serpents

xlhomme-qui-savait-la-langue-des-serpentsTitre original : Mees, kes teadis ussisõnu (2007)
Paru le : 17/01/2013
Editions : Le Tripode
ISBN : 978291-7084-649
Nbr de pages : 445
Prix constaté : 23€

Résumé :
Prix de l’Imaginaire 2014 du roman étranger
Voici l’histoire du dernier des hommes qui parlait la langue des serpents, de sa sœur qui tomba amoureuse d’un ours, de sa mère qui rôtissait compulsivement des élans, de son grand-père qui guerroyait sans jambes, d’une paysanne qui rêvait d’un loup-garou, d’un vieil homme qui chassait les vents, d’une salamandre qui volait dans les airs, d’australopithèques qui élevaient des poux géants, d’un poisson titanesque las de ce monde et de chevaliers teutons épouvantés par tout ce qui précède… Peuplé de personnages étonnants, empreint de réalisme magique et d’un souffle inspiré des sagas scandinaves, un roman à l’humour et à l’imagination délirants.

Impressions :
Grand prix de l’imaginaire 2014 dans la catégorie Roman étranger, « L’homme qui savait la langue des serpents » est une petite pépite qui mérite largement cette récompense et plus encore. Difficile à catégoriser, le roman joue sur différents registres et possède plusieurs couches, comme les oignons. En surface, il s’agit d’une fable tragi-comique, avec de nombreux éléments absurdes et fantastiques qui s’amalgament dans un joyeux délire. Des ours qui séduisent des femmes, un vieux cul-de-jatte qui se fabrique des ailes avec les os de ses victimes, un pou domestiqué de la taille d’un cheval, et j’en passe et des meilleurs. A croire que l’auteur a abusé de substances illicites. Pourtant, tout ça colle merveilleusement et l’univers est construit de telle manière que l’on s’y fait très facilement, comme si tout cela allait de soi.

  Si l’on creuse un peu plus profondément (et que l’on lit la précieuse postface de Jean-Pierre Minaudier, le traducteur), on comprend qu’Andrus Kivirähk n’est pas seulement un maitre de l’absurde qui s’est fait plaisir avec son univers complétement déjanté, c’est aussi un redoutable satiriste, qui n’hésite pas à dénoncer bon nombre de choses en les tournant en dérision. La religion catholique et les vieilles croyances en prennent ainsi pour leurs grades, l’auteur s’amusant beaucoup de la crédulité desdits croyants. L’ignorance, le progrès à tout prix et l’attachement aux anciennes coutumes, Andrus Kivirähk les dépeint avec un humour corrosif, qui nous fait passer du rire aux larmes en l’espace de quelques paragraphes. A défaut de connaitre la langue des serpents, l’auteur a au moins la langue bien pendue !

  Le récit qui nous emmène aux côtés de Leemet, au plus profond des forêts estoniennes, nous explique comment le monde moderne a sonné le glas des anciens peuples et comment les forêts se sont peu à peu dépeuplées. La fameuse langue de serpents, qui permettait à nos ancêtres de comprendre les animaux et de communiquer avec eux, tombe peu à peu dans l’oubli, au fur et à mesure que les gens quittent la forêt pour s’installer au village. Ce qui semblait couler de source devient féérique, délirant voire démoniaque pour les « citadins ». La confrontation entre ancien monde/modernité entraine plusieurs scènes délirantes où l’on s’émerveille d’un râteau ou que l’on se vante de pouvoir reconnaitre la race d’un cheval à la consistance et au goût de sa crotte…

  Si les passages cocasses sont nombreux et que la lecture amène parfois les larmes aux yeux face à une scène particulièrement croustillante, le ton du roman se révèle également cruel, décapant voire défaitiste. La mort rôde, la mort guette, de même que la vengeance, la jalousie et la bêtise crasse. L’auteur n’y va pas par quatre chemins et n’épargne rien à ce malheureux Leemet, qui devra faire face à de multiples situations traumatisantes. La narration atteste d’un certain brio, l’auteur alternant entre les phases comiques et tragiques en prenant garde à délayer son intrigue. Le roman jouit d’une grande cohésion, l’univers moyenâgeux représenté par l’auteur se déployant en une myriade de détails révélateurs. Rien n’est laissé au hasard dans cette Estonie imaginée, à la symbolique débordante.

  Les personnages, comment dire, ne sont pas piqués des vers, c’est le moins que l’on puisse dire. Leemet, le héros de l’histoire, est probablement le personnage le plus « normal » du lot. Andrus Kivirähk nous offre toute une galerie de personnages entiers, vaniteux ou vindicatifs, qu’il a pris grand plaisir à créer, et ça se voit. Au choix, il y a la mère nourricière qui ne jure que par le ragoût d’élan (au kilo si possible), le vieux « sage » à demi fou qui sacrifie à tour bras, le beau-frère ours qui lorgne les filles maladivement, les deux australopithèques et leur élevage de poux domestiqués, la paysanne qui s’imagine porter Jésus en elle… Bref, du lourd ! Ajoutez à cela une superbe plume (et traduction) qui sait jouer avec les mots, y cacher une allusion, un double sens pour mieux nous surprendre et nous faire mourir (de rire) ou nous ébahir. Une lecture inspirée et impertinente, que je ne peux que vous conseiller pauvres fous que vous êtes !

Verdict : Nuit blanche

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et un futur…

indétrônable
Indétrônable

Lucius SHEPARD – Le calice du dragon

le calice du dragonIllustration de couverture : Nicolas Fructus
Paru le : 14/05/2013
Editions : Le Bélial’
Collection : Kvasar
ISBN : 978-2-84344-119-6
Nbr de pages : 257
Prix constaté : 20€
Existe au format epub pour 9.99€

Résumé :
Richard Rosacher, un jeune médecin dévoyé, découvre par hasard que le sang du Dragon Griaule recèle une puissante drogue qui embellit la réalité aux yeux de ses consommateurs. Alors même que Méric Cattanay («L’Homme qui peignit le Dragon Griaule») entame son projet démesuré, Richard voit la fortune lui sourire et ses affaires prospérer. Bientôt, il devient tellement puissant que les autres forces qui se partagent la ville de Teocinte le considèrent comme un rival dangereux. A force d’alliance et de compromis, il se mêle malgré lui aux affaires du Conseil de Teocinte et à celles de l’Eglise. Et, bientôt, il va devoir intervenir pour décider du cours de la guerre contre le Tamalegua voisin… Mais agit-il dans des buts égoïstes ou n’est-il que la marionnette du Dragon Griaule ?
Un extraordinaire roman, qui mêle le roman noir à la fantasy, et où Shepard prolonge le mythe du Dragon Griaule, sa plus fabuleuse création, explorant ici sa dimension politique.

Ce que j’en ai pensé :
Alléchée par les très bons retours sur le recueil de nouvelles du « Dragon Griaule », j’étais plus que curieuse de découvrir l’univers créé par Lucius Shepard. « Le calice du dragon » fait partie de ce même univers, mais peut se lire indépendamment des nouvelles, tel un bon cru. Jamais déstabilisée, bien que je ne connaisse pas ce monde, mais souvent dépaysée, j’ai englouti ce petit bijou en un rien de temps sur ma kobo. Ce roman est selon moi, le doublé parfait qui me conduit inévitablement au coup de cœur ! A savoir, l’alliance d’une très bonne histoire, captivante et truculente, et d’une très belle plume, dont l’on a plaisir à savourer les mots. Je tiens d’ailleurs à tirer mon chapeau au traducteur Jean-Daniel Brèque, qui a su restituer à merveille la prose érudite et élégante de Lucius Shepard !

  Quand un auteur emploie un vocabulaire un peu soutenu et des tournures de phrase emphatiques, il a tôt fait de se casser les dents. L’auteur évite l’écueil en nous livrant une œuvre belle, distinguée, qui emprunte un vocabulaire spécifique parfois (merci la kobo avec dictionnaire intégré !) mais qui ne m’a jamais paru pompeuse. Pas comme s’il cherchait à caser à tout prix des expressions savantes. Au contraire, ce fut un plaisir de cliquer sur un mot de-ci de-là et d’enrichir son vocabulaire sur tel ou tel sujet. On sent de suite lorsque l’auteur possède une certaine aisance de la langue, car le texte possède une certaine musicalité, une harmonie qui fait mouche. Lucius Shepard est de ceux-là.

  En dehors du style qui m’a conquise, l’intrigue se révèle passionnante et est menée tambour battant. En alliant une bonne dose de mystère à un monde très imaginatif et à la cohérence sans faille, Lucius Shepard ne pouvait pas rater le coche. Le roman, très inspiré, nous emmène aux côtés de Rosacher, un jeune médecin aux dents longues, qui habite Griaule (le gigantesque dragon assoupi). Celui-ci a de la suite dans les idées et est bien décidé à ne pas finir sa vie comme un moins que rien. Il sacrifie tout et plus, pour parvenir à ses fins. Quitte à vendre son âme au diable à Griaule.

  Le récit, qui nous offre parfois des sauts temporels à la manière d’un flash-forward, se montre très immersif (j’avais bien du mal à lâcher ma kobo). Les diverses créatures imaginaires qui peuplent Griaule ont marqué vivement mon esprit (surtout ces espèces d’insectes-follicules, brr !). Le héros du roman n’est pourtant pas très sympathique (il est même plutôt détestable), mais il exerce sur le lecteur une espèce de fascination qui nous fait nous interroger sur comment tout cela va-t-il finir. Assurément pas de la meilleure façon. Les manigances et manœuvres politiques et économiques parsèment l’intrigue avec une bonne dose de subtilité. Et les luttes de pouvoir côtoient les éléments fantastiques de manière équilibrée, chacun à sa juste dose. La religion et l’addiction des Hommes (et leur perfidie) sont autant de thèmes qui ont aussi leur place dans le roman, preuve s’il vous en faut encore, que « Le calice du dragon » est un roman complexe et ensorceleur. A bon entendeur…

Verdict : Nuit blanche

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