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Justine NIOGRET – Mordre le bouclier

mordrelebouclierBroché paru le : 2 juin 2011
Editeur : Mnémos
Collection : Icares
ISBN : 978-2-354-08117-1
Nbr. de pages : 222
Prix constaté : 18€

Résumé :

Castel de Broe.
Six mois ont passé depuis la mort de Noalle et Chien du heaume, anéantie par la perte de ses doigts, s’abîme dans la contemplation de sa griffe de fer, cadeau de Regehir le forgeron. Bréhyr entend lui redonner vie et l’entraîne sur les routes à la recherche du dernier homme qu’elle doit tuer: Herôon. Parti en Terre sainte, celui-ci reviendra par le Tor, une tour mythique où le monde des vivants s’ouvre à celui des morts.
Les deux guerrières remontent alors le sillage de sang, de larmes et de pourriture des croisades, arpentant côte à côte la voie de la folie et de la vengeance. Dans ce calvaire, Chien rencontrera Saint Roses, chevalier à la beauté d’icône, au savoir de maestre et dont la foi s’est érodée au pied des hautes murailles de Jérusalem. Une faible lueur qui annonce peut-être un espoir de rédemption.

Ce que j’en ai pensé :

  Il faut croire que Justine Niogret n’en avait pas fini avec Chien du heaume, puisqu’elle nous revient plus vindicative que jamais avec « Mordre le bouclier », une suite qui fait la part belle à l’introspection de ses personnages.

  Nous avions quitté Chien du heaume à l’article de la mort, à l’issue de la quête de son nom véritable, qui n’avait finalement pas abouti. Guère apaisée, la guerrière est toujours aussi taciturne, voire désespérée face à la perte de ses doigts. Que vaut-elle si elle ne peut plus tenir sa hache ? Sa rencontre avec Bréhyr lui fournira un nouveau but et une nouvelle perspective, la voici jetée de nouveau sur les routes pour mener à bien une vengeance, celle de Bréhyr…

  Qu’on se le dise, malgré le même décor et la même héroïne bourrue, « Mordre le bouclier » ne ressemble en rien à « Chien du heaume ». Certes, on retrouve cette ambiance moyenâgeuse empreinte de réalisme, cette même noirceur qui se dégage du récit, où la véhémence des actes et des propos frappent aussi durement que l’héroïne. Cependant, là s’arrête le parallèle. Car si le premier tome proposait une quête initiatrice – la recherche de son nom – le deuxième fouille les tréfonds de l’âme de ses personnages. L’action pure est reléguée au second plan et les passages descriptifs sont quasi-inexistants. Chaque protagoniste aura, à tour de rôle, un examen attentif de lui-même, un retour sur son passé. L’auteur nous emmène alors dans de longs monologues introspectifs assez bavards, qui contrastent fortement avec l’aspect taiseux des personnages. Un choix de narration plutôt étonnant, qui pourrait paraitre contradictoire dans l’absolu mais qui ne fait au contraire que renforcer l’ironie du propos, à l’image de la dernière phrase du roman. Voilà qui confirme le talent de Justine Niogret qui maitrise à la perfection son récit.

  Autre changement et non des moindres, l’auteur donne plus d’ampleur aux seconds rôles. A tel point que Chien du heaume se fait pratiquement voler la vedette par ceux-ci – à l’image d’une Bréhyr opiniâtre et intrépide ou d’un Saint Roses en quête de rédemption. L’époque des croisades, quant à elle, se combine très bien avec l’atmosphère sauvage du roman et le choix de Justine Niogret d’intégrer ce pan de l’histoire à la trame du récit s’avère pertinent. Non seulement ce deuxième tome se concentre sur les tourments de l’âme de nos héros, mais elle fait également allusion à la foi, aux croyances de l’époque médiévale. Enfin, un dernier mot sur la plume de l’auteur, qui ne tranche pas avec son roman précédent. Le style est toujours aussi évocateur et acéré, les expressions moyenâgeuses apportant un cachet certain au récit. C’est sans concession, intense et efficace, bref en un mot comme en cent : réussi.

Verdict : Avec les honneurs

rock

Justine NIOGRET – Chien du heaume

chienduheaumeÉditions : Mnémos
Collection : Icares
Paru le : 23/11/2009
Nbr. de pages : 216
ISBN : 978-2-354-08099-0
Prix constaté : 18€

Pour lire le prologue, c’est ici !

Distinctions :

Prix de l’Imaginaire 2010 – Étonnants Voyageurs
Prix Imaginales 2010 du roman francophone
Prix Oriande 2010 du roman de féerie

Résumé :
On l’appelle Chien du Heaume parce qu’elle n’a plus ni nom ni passé, juste une hache ornée de serpents à qui elle a confié sa vie. La quête de ses origines la mène sur les terres brumeuses du chevalier Sanglier, qui règne sans partage sur le castel de Broe. Elle y rencontre Regehir, le forgeron à la gueule barrée d’une croix, Iynge, le jeune guerrier à la voix douce, mais aussi des ennemis à la langue fourbe ou à l’épée traîtresse. Comme la Salamandre, cauchemar des hommes de guerre…

On l’appelle Chien du Heaume parce qu’à chaque bataille, c’est elle qu’on siffle.

Dans l’univers âpre et sans merci du haut Moyen Âge, loin de l’image idéalisée que l’on se fait de ces temps cruels, une femme se bat pour retrouver ce qu’elle a de plus cher, son passé et son identité.

Ce que j’en ai pensé :
Voilà un roman de Fantasy qui sort de l’ordinaire, de par son héroïne entière et vindicative, qui tranche avec ce que l’on voit habituellement dans le genre. Une très bonne surprise que ce premier roman de Justine Niogret, qui a su trouver son propre style, puissant et évocateur.

Si l’intrigue principale ne brille pas spécialement par son originalité, l’auteure nous proposant de suivre une énième quête, le traitement de l’histoire et le style narratif sont par contre particulièrement inspirés et recherchés. J’avoue avoir été bluffée par tant de maîtrise. Car il devient vite évident que Justine Niogret nous balade allègrement tout au long du récit, que l’on sent mûrement réfléchi et pleinement achevé. L’auteure ménage d’ailleurs des ouvertures dans son récit, qu’elle parsème de détails et d’interrogations qui nous laissent envisager une suite (qui vient d’ailleurs de sortir il y a peu).

L’atmosphère qui se dégage du récit est sombre, très sombre, la narration se déroulant dans un univers moyenâgeux rude et implacable. Chien du heaume est une mercenaire impitoyable et acrimonieuse, qui tranche les membres avec dextérité et sans aucun états d’âme. Du jamais vu chez une héroïne, laide qui plus est et au physique peu avenant. Bref, un premier rôle atypique qui change un peu de la production actuelle. L’univers décrit par l’auteure est somme toute assez violent et ne plaira peut être pas à tout le monde. Si vous êtes amateur de féerie et de magie, l’ambiance cruelle et sauvage qui se dégage de certaines scènes pourraient fort bien ne pas vous plaire. Personnellement ça ne m’a pas gêné, mais mieux vaut s’abstenir si l’on est sensible (je pense notamment à une scène assez pénible à la fin du roman).

  Enfin, l’héroïne étant à la recherche de son véritable nom – de son identité en somme – son chemin sera chargé de rencontres qui la façonneront et permettront au lecteur de découvrir de nouvelles facettes de l’implacable mercenaire. Ainsi l’amitié mais aussi un soupçon de « romance » seront au rendez-vous, et un ennemi plus que mystérieux fera même son apparition sous l’intrigant pseudonyme de « La Salamandre ». Je n’en dirais pas plus pour ne pas vous gâcher le plaisir de la découverte, mais le récit regorge de sursauts narratifs efficaces.

Une dernière petite ellipse pour saluer la plume de Justine Niogret qui possède une verve incisive et un vocabulaire très imagé ! J’ai vraiment adoré le petit glossaire de fin qui démontre tout l’humour –si particulier – de l’auteure. Il me tarde de lire « Mordre le Bouclier » de cette jeune auteure à suivre !

Verdict : Avec les honneurs

rock