Archives de Tag: Partenariat

LUPANO & PANACCIONE – Un océan d’amour

Un océan d'amourDate de parution : 29/10/2014
Editions : Delcourt
Collection : Mirages
ISBN : 978-2-7560-6210-5
Nbr de pages : 224
Prix constaté : 24.95€

Lu dans le cadre « La BD fait son Festival sur Priceminister ».

Résumé :
Chaque matin, Monsieur part pêcher au large des côtes bretonnes. Mais ce jour-là, c’est lui qui est pêché par un effrayant bateau-usine. Pendant ce temps, Madame attend. Sourde aux complaintes des bigoudènes, convaincue que son homme est en vie, elle part à sa recherche. C’est le début d’un périlleux chassé-croisé, sur un océan dans tous ses états. Une histoire muette avec moult mouettes.

Impressions :
« Un océan d’amour », fruit de la collaboration de Lupano au scénario et Panaccione au dessin, est une petite merveille d’émotions ! Concevoir une BD dans laquelle aucun dialogue ou onomatopée n’est présent est toujours un exercice difficile en soi. Il faut que les dessins aient du caractère et qu’ils réussissent à retranscrire ce que les personnages ressentent. Et cette BD y parvient avec une facilité déconcertante.

un-ocean-d-amour_1

  Les visages sont expressifs, à tel point que la parole devient superflue. On saisit sans peine à travers les dessins et diverses expressions tout ce qu’il y a à savoir. L’exaspération face aux voisines bigoudènes, le dégoût devant ses sempiternelles sardines et même la colère de la mouette face au peu de cas que fait le pêcheur de la mer. Tout est si animé, si démonstratif, qu’on se sent emporté par les émotions des personnages.

  L’histoire est rocambolesque, une bonne dose d’aventure mélangée à une jolie romance qui attendrira le cœur le plus desséché. C’est qu’il est attendrissant notre petit couple, avec ses petites habitudes et sa dévotion sans faille. Ils sont si dissemblables mais forment un ménage si harmonieux, qu’on espère jusqu’à la dernière page les voir enfin réunis ! Les détours qu’ils prennent pour se retrouver offrent de belles tranches de franche rigolade.

un-ocean-d-amour_4

  Les couleurs sont particulièrement réussies. Les embruns marins, la lumière du clope allumé au petit matin, le mauvais temps breton… Chaque détail est joliment restitué, rien n’est laissé au hasard. Pas même la 4ème de couverture, qui est à elle tout seule un concentré de drôlerie. Non seulement « Un océan d’amour » est une BD cocasse, bourrée de mésaventures trépidantes mais c’est aussi un plaidoyer contre le manque de respect envers la nature. Pollution, surpêche, les auteurs mentionnent ses problèmes à demi-mot bulle. Bref, c’est drôle, instructif et animé. Une réussite.

Ma note : 18/20

labdfaitsonfestival

Reki KAWAHARA – Sword Art Online, tome 1

SAO 1Titre original : Sword art Online, book 1 & 2 : Aincrad (2009)
Date de parution : 12/03/2015
Editions : Ofelbe
ISBN : 978-2-37302-000-7
Nbr de pages : 502
Prix constaté : 19.90€

Lu dans le cadre d’un partenariat entre Livraddict et les éditions Ofelbe, que je remercie !

Résumé :
Un « game over » entraînera une mort réelle. Kirito a accepté cette certitude depuis qu’il a décidé de combattre en « solo » à l’intérieur de l’Aincrad, cette gigantesque forteresse volante qui sert d’univers au plus redoutable jeu en ligne connu sous le nom de Sword Art Online. Comme lui, des milliers de joueurs connectés, pris au piège dans ce monde virtuel où le moindre faux pas peut être fatal, luttent pour regagner leur liberté.
Kirito veut conquérir seul les cent étages qui le mèneront au combat final, mais c’est sans compter sur l’obstination d’Asuna une habile épéiste avec qui il va devoir s’allier. Démarre alors une course effrénée pour survivre dans un monde où l’art de l’épée fait loi.

Impressions :
J’ai découvert Sword Art Online à travers son adaptation animée que j’avais beaucoup aimée. J’étais donc curieuse de lire le roman dont elle était tirée, SAO faisant montre d’un engouement certain au Japon ! Il y a peu de light novel publiées en France, ce genre étant assez particulier au Japon. Car contrairement à ce que j’ai pu lire ici ou là, non, le light novel n’est pas l’équivalent du YA. Certes, la cible est la même : les ados, mais pour ce qui est du contenu, c’est très différent. Le genre a été créé pour le marché japonais, ancré dans une culture manga/anime conséquente, qui permet de voir des mangas se transformer en films, séries tv, animes & cie. Et vice-versa. Ce sont donc des romans écrits pour jeunes lecteurs, dans une optique de divertissement, pour un marché qui aime les passerelles entre les différents supports. Après cette petite mise au point, SAO : le roman, est-ce que c’est bien ?

  Eh bien, je suis assez mitigée au final. Si j’ai adoré retrouver l’univers et les personnages découvert dans l’anime, j’ai trouvé celui-ci bien mieux ficelé que son original. Le roman paru chez Ofelbe regroupe le premier tome et quatre nouvelles se déroulant dans l’univers à divers moments de l’intrigue principale. Ce qui correspond aux deux premiers volumes reliés de la saga SAO. Si le premier tome est efficace et met un place un univers de jeu assez bien ficelé, le second arrive un peu comme un cheveu sur la soupe après un final des plus intrigants. Ces petites nouvelles sont là pour nous permettre d’en apprendre un peu plus sur Kirito, le personnage principal, mais comme elles arrivent après la conclusion du tome un, comme de petites annexes, ça ne s’agence pas très bien et n’intéresse que peu le lecteur. Replacé dans son contexte (les nouvelles ayant été publiées dans un magazine de prépublication), on comprend pourquoi l’auteur a construit son récit ainsi mais ça reste assez inégal à lire.

  Concernant la trame principale de SAO et son univers, je suis toujours autant fan. Reki Kawahara nous plonge dans un univers virtuel, plus précisément au cœur d’un MMORPG, dans lequel ses joueurs vont rester enfermer contre leur gré. Pour en sortir, une seule solution, conquérir les cent étages de l’immense tour qui le compose. Quitte à y mourir, les joueurs mourant en même temps que leurs personnages dans la vraie vie. L’histoire est très bien menée, les quelques descriptions et explications mettant bien dans l’ambiance de ce monde virtuel si réaliste. La réflexion amenée par l’auteur qui pousse ses personnages dans leurs derniers retranchements est assez intéressante bien que je l’aurais aimé plus développé. On voit apparaitre des comportements destructeurs, certains joueurs étant prêt à tout pour survivre. D’autres, au contraire, essayent de reproduire leur schéma personnel dans ce monde virtuel, mettant complétement de côté l’aspect jeu de cette aventure. A ce propos, mieux vaut avoir quelques notions dans l’univers des RPG, le roman regorgeant d’un vocabulaire spécifique. Il y a bien un glossaire à la fin de l’ouvrage, mais mieux vaut ne pas se leurrer, le roman est surtout adressé aux geeks fans de jeux vidéo qui seront comme de petits poissons dans l’eau au milieu de tout ce jargon.

  Côté personnages, c’est comme pour le reste, le roman étant surtout créé dans un but de divertissement, il ne faut pas s’attendre à des personnalités très fouillées. Asuna et Kirito, les deux héros du roman sont les seuls à se démarquer un peu, même si pour l’instant, on en sait bien peu sur eux, surtout Asuna. Pour Kirito, on découvre certaines de ses motivations dans les nouvelles, mais on reste tout de même en surface de sa personnalité pour l’instant. Personnellement, je n’ai pas été très gênée mais il faut dire que je connaissais déjà les personnages grâce à l’anime, et comme celui-ci couvre plus de romans que ces deux premiers tomes, j’ai eu l’impression de les « retrouver » si je puis dire. Du coup, j’ai peut-être été plus touchée par certains passages, émue à la lecture d’autres, l’univers étant loin d’être lisse. Bref, si vous avez aimé l’anime ou si vous êtes fan de RPG, je vous conseille ce premier tome, joliment illustré. Pour les autres, si vous êtes curieux et n’en attendez qu’un bon moment de divertissement pourquoi pas !

Verdict : Roulette Russe

roulette-russe

Stéphane PRZYBYLSKI – Origines, tome 1 : Le Château des millions d’années

origines 1Illustration de couverture : Aurélien Police
Date de parution : 01/01/2015
Editions : Le Bélial
ISBN : 978-2-84344-132-5
Nbr de pages : 361
Prix constaté : 20€
Lu dans le cadre de la Voie des Indés en partenariat avec Libfly

Résumé :
Juin 1939. Heinrich Himmler diligente une expédition archéologique en Irak, dans le but officieux de s’allier les tribus locales afin de lutter contre l’ennemi britannique. Au sein de l’expédition, l’officier SS Friedrich Saxhäuser. Vétéran de la Grande Guerre, il a lié son destin à celui d’Adolf Hitler depuis le putsch manqué de Munich en 1923. Jamais totalement acquis aux thèses nazies, Saxhäuser est un agent double, naviguant dans les eaux troubles des différents services de renseignement du Reich. Au fond d’une vallée d’un affluent du Tigre, Saxhäuser met au jour quelque chose venu d’ailleurs, susceptible de changer la donne dans le conflit qui s’annonce. Cependant, les doutes que le SS nourrit envers le régime nazi s’exacerbent : doit-il s’abstenir de remettre à Hitler sa découverte ? Mais ne s’est-il pas déjà trop compromis ?

Impressions :
Premier tome d’une tétralogie, « Le château des millions d’années » est également la première incursion de Stéphane Przybylski dans le genre de la science-fiction, l’auteur étant surtout connu pour ses ouvrages historiques. Justement, ce premier tome d’ « Origines » possède un souffle historique indéniable qui rend la lecture passionnante ! Moi qui suis plutôt frileuse quand l’aspect historique est trop prononcé, je me suis vraiment régalée avec ce premier tome, qui allie à merveille aventure, rencontres du troisième type et rigueur historique. C’est un peu l’histoire du troisième Reich pour les nuls, l’auteur replaçant son contexte à la naissance du parti nazi et revenant sur les raisons qui ont conduit à la seconde guerre mondiale et à ce climat empoisonné qui a été la cause de nombreuses atrocités.

  En mettant en lumière un personnage principal ambigu et dangereux, Stéphane Przybylski prend des risques. Mais c’est sans compter sur l’analyse approfondi du protagoniste, que l’auteur exploite dans ses moindres retranchements. Ca ne pose donc pas le moindre problème que le lecteur ne puisse pas s’identifier à Friedrich Saxhaüser, car c’est un personnage ambivalent, que l’on perce peu à peu, et qui au-delà de son statut de tueur et de SS, sait faire preuve d’introspection et se remettre en question quand il le faut. J’ai été captivée par son cheminent, par ses désillusions, par ses errances et par les regrets qui le rongent. D’un simple sentiment de rejet, l’homme glissera inexorablement vers la révolte, et se laissera entrainer dans un conflit de plus en plus cruel, avant de prendre ses distances. Ca faisait bien longtemps que je n’avais pas croisé un personnage principal aussi fort et intéressant à suivre.

  Comme je le disais plus tôt, « Le château des millions d’années » est avant tout un récit historique, l’aspect SF s’installant progressivement. Ce premier tome se pose comme un tome d’introduction, l’auteur plantant son décor et offrant une légitimité historique au récit. La rigueur dont il fait preuve est remarquable et a le don de nous immerger corps et âme dans une époque troublée et troublante qui ne peut laisser indifférent. Le souci du détail permet à Stéphane Przybylski de coller au plus près à l’Allemagne nazie de cette époque. Entre les différentes cartes, glossaire et rappel des dates importantes, on peut dire que l’auteur a bichonné son lecteur et soigné son approche. On pouvait difficilement faire plus complet.

  Le récit n’en est pas pour autant hermétique, ni même ennuyeux car Stéphane Przybylski développe chaque versant de cette époque troublée : politique, vie quotidienne, économie, rien n’est laissé au hasard. C’est ainsi que peu à peu, on passe d’un récit purement historique pour plonger dans un univers plus dynamique de contre-espionnage, d’excavations dans le désert et de course-poursuites sur la mer. Il est vrai qu’il y a un petit côté X-Files dans ce roman, avec apparitions lumineuses à la clé. La narration va crescendo, les derniers chapitres se faisant de plus en plus pressant et intriguant. La fin, quant à elle, nous offre un beau cliffhanger qui nous donne la furieuse envie de nous jeter sur la suite (malheureusement pas disponible avant 2016 !). Il va falloir prendre son mal en patience…

Verdict : Avec les honneurs

rock

Samantha BAILLY – Métamorphoses

métamorphosesIllustration de couverture : Mélanie Delon
Editions : Bragelonne
ISBN : 978-2-35294-799-8
Nbr de pages : 550
Prix constaté : 25€

Résumé :
Dans la cité de Lyneroy, les commerces éclatants cohabitent avec les plus sombres marchés noirs…
Sonax a treize ans lorsque sa vie bascule. Jeune garçon androgyne destiné à suivre une voie marchande, il quitte tout pour le théâtre solaire, un lieu où il se découvre une nouvelle famille. Mais derrière la scène, entre faux-semblants et jeux de pouvoir, la réalité d’Hélderion n’a rien à envier aux drames qui se jouent sur les planches. Il ignore alors à quel point il va devoir apprendre à jouer un rôle en permanence, en découvrant les dangereuses coulisses de la cité la plus riche du royaume. Entraîné dans des intrigues politiques qui le dépassent, il sera changé en polymorphe, un être capable de modifier son apparence à volonté…
Car quel acteur n’a jamais rêvé de contrôler l’histoire au gré de ses métamorphoses ?

Impressions :
Après l’excellente découverte qu’avait été « Oraisons », Samantha Bailly nous revient avec un nouveau roman de fantasy, genre dans lequel on la sent de plus en plus à l’aise. J’ai été étonnée de constater que « Métamorphoses » était en fait une préquelle d’Oraisons car rien n’y fait mention dans la 4ème de couverture. Si j’ai été ravie de retrouver l’univers d’Ollien, il faut savoir qu’il vaut mieux avoir préalablement lu Oraisons avant de se lancer dans Métamorphoses car de nombreux secrets sont éventés dès le premier acte et que ceux qui débutent par ce roman se feront gentiment spoiler quand à la suite… Vous voilà prévenus !

  Quel plaisir de retrouver l’univers d’Heldérion et ses spécificités religieuses tournant autour des astres ! Ce roman vient prouver que l’auteure avait vraiment réfléchi son univers dans les moindres détails, avec sa religion, son art, sa magie et ses luttes de pouvoir. Les faits se recoupent, gagnent en épaisseur et offrent une intrigue dense et minutieuse. Le récit se déroule une trentaine d’années avant Oraisons et s’étale sur une quarantaine d’années jusqu’à revenir sur les derniers évènements d’Oraisons justement. On y retrouve donc certains personnages secondaires qui sont ici mis à l’honneur et se dévoilent pleinement. Si vous étiez curieux d’en savoir plus sur Sonax, la grande Jadielle, Joscard ou sur Soleil III, alors « Métamorphoses » vous comblera.

  Le récit se focalise sur Sonax, que l’on découvre adolescent et que l’on suivra jusqu’à ses cinquante ans. Personnage intriguant, j’ai particulièrement apprécié la manière qu’a Samantha Bailly de le « métamorphoser ». D’un gamin rebelle et complexé, il se transforme en papillon et est tour à tour placé sous les projecteurs puis caché dans l’ombre. En constante mutation, Sonax est un personnage aux multiples facettes, qui se révèle difficile à saisir dans son entier. On le sent fragile, mais aussi téméraire, présomptueux mais parfois complexé, sachant faire preuve d’abnégation comme il peut se montrer individualiste. Bref, un personnage ambigu qui possède une belle épaisseur, ce qui en fait le personnage principal idéal !

  Le roman, assez conséquent, se découpe en trois actes et plusieurs interludes en faisant plusieurs sauts temporels qui permettent au récit de couvrir une assez longue période de temps. Si ce procédé permet à l’auteure de faire progresser son intrigue rapidement et d’étudier en profondeur la vie de Sonax, j’ai trouvé que la structure narrative souffrait de quelques maladresses. Certains passages s’étirent parfois en longueur et viennent perturber la dynamique du récit. La relation tissée entre Sonax et Jaspe par exemple souffre de quelques redondances qui peuvent devenir agaçantes. A l’inverse certaines ellipses temporelles nous prennent un peu de court et auraient mérité qu’on s’y attarde un peu. Rien de vraiment contraignant en soi mais c’est un peu dommage avec un scénario si intense.

  Si le personnage principal est merveilleusement mis en valeur, c’est surtout grâce aux figures secondaires qui gravitent autour de lui et nous montrent différents aspects de sa personnalité. Amis, amants, famille, relations de travail, les rapports de force sont mis à l’honneur et j’ai adoré découvrir les différents liens qui se tissent ou se dénouent à travers les années. La belle relation qui lie Sonax et sa carme m’a particulièrement plu. Par certains côtés, elle m’a rappelé Fritz et son loup dans le roman de Robin Hobb. Les autres protagonistes ne sont pas en reste car ils sont ambivalents et changeants, il n’y a pas de bons ou de méchants dans « Métamorphoses » (à part l’Astracan en fait). Bref, encore un très bon roman pour Samantha Bailly qui boucle avec Métamorphoses un pan de son univers.

Lu dans le cadre d’un partenariat entre Livraddict et les éditions Bragelonne que je remercie !

Verdict : Avec les honneurs

rock

Yôko OGAWA – Petits oiseaux

petits oiseauxTitre original : Kotori (2012)
Date de parution : 03/09/2014
Editions : Actes Sud
ISBN : 978-2-330-03438-2
Nbr de pages : 269
Prix constaté : 21.80€

Résumé :
Il est le seul à pouvoir apprendre la langue pawpaw afin de communiquer avec son frère aîné, cet enfant rêveur qui ne parle que le langage des oiseaux, n’emploie que ces mots flûtés oubliés depuis longtemps par les humains. Après la mort de leurs parents, les deux hommes demeurent ensemble dans la maison familiale. D’une gentillesse extrême, l’aîné, qui ne travaille pas, se poste chaque jour tout contre le grillage de la volière de l’école maternelle.
Peu à peu, la directrice remarque son calme rassurant pour les oiseaux, sa façon subtile de les interpeler, et lui confie l’entretien de la cage. Quant au cadet, régisseur de l’ancienne résidence secondaire d’un riche propriétaire du pays, le jardin de roses, les boiseries des salons, la transparence des baies vitrées sont à la mesure de son attachement pour les lieux de mémoire. Parfois, les deux frères décident de « partir en voyage »…

Impressions :
Yôko Ogawa est une auteure japonaise appréciée qu’il me tardait de découvrir. Son dernier roman paru en France chez Actes Sud est une belle entrée en matière dans l’univers doux et poétique de l’auteure. Contemplatif, paisible, « Petits oiseaux » est le genre de roman que l’on accompagne le temps d’un instantané de vie. Les lecteurs qui cherchent un but, un plan à suivre dans leurs romans passeront sûrement à côté de ce récit lancinant qui nous présente juste l’histoire simple de deux frères pas comme les autres. Fan de dynamisme et/ou de mélodrame n’y trouveront pas leur compte. Pourtant, l’ennui ne pointe pas le bout de son nez, très certainement grâce à la magnifique prose de Yôko Ogawa qui nous émeut.

  « Petits oiseaux », c’est l’histoire de deux frères qui vouent une passion aux oiseaux. L’ainé, qui souffre d’un problème d’élocution, s’est inventé un langage secret que seul son frère cadet semble comprendre. Entre les deux frères, une belle complicité s’installe et bientôt leur vie prend des allures de rituel immuable. Cette relation très touchante qui se noue autour des oiseaux et d’un quotidien paisible m’a beaucoup émue. Yôko Ogawa traite avec doigté les questions de solitude, de différence, d’abnégation. Sans pathos, l’auteure arrive à nous chambouler face aux difficultés que rencontrent la fratrie, à la manière que les autres les perçoivent, sans cesse juge et juré. Pourtant, l’auteure ne force pas le trait, elle ne s’appesantit pas sur l’indifférence ou l’ignorance des uns et des autres. Fugacement, elle lance une constatation que l’on saisit au vol et qui n’en finit pas de nous bouleverser. Une telle maitrise de son récit force le respect.

  Si « Petits oiseaux » est un roman tranche-de-vie qui ne laisse pas indifférent, c’est surtout grâce à la plume poétique et imagée de l’auteure. Les notions de bonheur, d’osmose avec la nature, de temps figé sont rendus avec beaucoup de soin et de perspicacité. Yôko Ogawa nous éclaire de son écriture perçante sur cette sensation de carpe diem, de saisir le moment présent et de le savourer. Mais surtout de trouver notre bonheur dans les choses simples de la vie, dans les petits plaisirs quotidiens. Lire « Petits oiseaux », c’est pénétrer un univers où tout coule de source, où la vie suit son cours, avec son lot de nouvelles rencontres, ses changements qu’il suffit de saisir à bras le corps pour trouver sa place. Où la beauté et la joie se trouve peut-être tout simplement dans le trille d’un oiseau…

Lu dans le cadre des Matchs de la rentrée littéraire 2014 de Price Minister

Verdict : Avec les honneurs

rock