Archives de Tag: Psychologie

Reiko MOMOCHI – Double Je, tome 4

double je 4Titre original : Inochi, book 4 (2008)
Date de parution : 10/09/2015
Editions : Akata
ISBN : 978-2-36974-076-6
Nbr de pages : 172
Prix constaté : 6.95€

Résumé :
Depuis que Gotôda, le petit ami de Himé, a dévoilé la vérité sur son passé, Nobara est perdue… Ses espoirs de vengeance complètement anéantis, comment doit-elle vivre, maintenant ? La découverte d’un curieux DVD dans la chambre du jeune homme pourrait bien l’aider à faire des choix et chambouler à nouveau ses certitudes.

Impressions :
Bluffée par la direction prise par ce quatrième tome, qui nous fait vivre un revirement à 360° ! L’intrigue se fait résolument policière avec l’entrée en scène d’un sociopathe qui fait froid dans le dos. Oui, je me suis laissée bernée comme les autres et j’ai cru aux mensonges de ce déséquilibré. Bravo à Reiko Momochi ! On peut dire qu’elle sait comment mener sa barque tout en ménageant son suspense. La vérité se cachant derrière le meurtre de Kotori est enfin mis à jour. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le mobile du tueur est plus que léger…

  Si le tome précédent nous laissait entrevoir des personnages en prise avec leurs émotions contradictoires, à la recherche de la paix de l’esprit pour certains et par une soif de justice inébranlable pour Nobara, ce tome 4 est plus tourné vers l’action mais toujours avec un fond de psychologie puisque le meurtrier est un pur sociopathe (attention à qui vous bousculez, hein, sait-on jamais…).

  Le système judiciaire japonais continue à en prendre pour son grade avec des lois inappropriées qui laissent des criminels en liberté. Un aspect sur lequel la mangaka joue beaucoup pour notre plus grand plaisir. Enfin un shôjo qui ose appuyer là où ça fait mal et fait réfléchir ses lectrices (et lecteurs, ne soyons pas sexistes) sur des faits de société. On sent le drame poindre, la résolution de ce très bon manga se faisant dans le prochain tome. Espérons que Reiko Momochi ne tombera pas dans le happy-end et montrera que chaque acte a des conséquences.

Verdict : Avec les honneurs

rock

 

John DARNIELLE – Le loup dans le camion blanc

le loup dans le camion blancTitre original : Wolf in white van (2014)
Traduit par : Nathalie Bru
Date de parution : 25/02/2015
Editions : Calmann-Lévy
ISBN : 978-2-7021-5725-1
Nbr de pages : 254
Prix constaté : 19.50€

Résumé :
À dix-sept ans, Sean est défiguré. Peu après, il crée Trace Italian, un jeu de rôle dans lequel, un tour après l’autre, les joueurs cherchent un abri dans une Amérique post-apocalyptique. Les années passent. Sean vit de la popularité grandissante de ses jeux, complètement coupé du monde extérieur. Mais un jour, un couple d’adolescents décide de transposer Trace Italian dans le monde réel. C’est le drame. Mis en cause, Sean s’interroge sur les risques de son imaginaire. Les murs qui séparent la réalité de la fiction sont-ils solides ? Comment une seule décision peut-elle nous façonner ? Quelles menaces sommeillent dans nos esprits ?

Impressions :
L’histoire du « Le loup blanc dans le camion » est à l’image de sa couverture : hypnotique, labyrinthique. Difficile de parler de ce roman sans trop en révéler car ce serait vous gâcher l’expérience, lever le voile sur la raison de ce voyage dans l’esprit perturbé de cet ado qui souffre. Ce premier ouvrage de John Darnielle ne laissera personne indifférent parce qu’il réveille en nous un écho, des impressions fugaces de déjà-vu, déjà-ressenti, déjà-vécu. L’histoire de Sean, c’est celle du mal-être ado, de l’incompréhension des parents et de la non-acceptation de ce qui est différent, du refus d’affronter la réalité trop amère ou trop décevante.

  Ce roman ne plaira probablement pas à tout le monde parce qu’il n’est pas facile d’accès. Il faut faire un effort pour s’en imprégner, pour l’apprécier. Spécial « Le loup dans un camion blanc » ? Oui, très. De bien des manières. Par sa narration faite de souvenirs, de considérations existentielles, d’analyse de soi. On se perd dans les méandres de l’esprit de Sean et on se réfugie avec lui dans son imagination dérivative qui l’aide à oublier la douleur. Par son amalgame entre la réalité cruelle et l’univers du jeu qui s’inspire de sa souffrance. Fuir la réalité pour ne pas devenir fou ou avoir à affronter sa solitude, voilà de quoi est fait le quotidien de Sean. Par sa plume envoûtante, qui nous parle et qui en révèle beaucoup par ses non-dits, par ses allusions.

  Si le roman est si différent, c’est aussi par ce qu’il cache entre ses pages une vérité douloureuse, que l’on découvre à demi-mot, au détour d’une section de ce labyrinthe. Sean est défiguré, Sean souffre. Mais que lui est-il arrivé ? Quelles sont les circonstances exactes du drame qu’il a vécu ? Pourquoi ce titre « Le loup dans un camion blanc » ? John Darnielle nous livre ses réponses de manière détournée, chargeant le lecteur de faire l’effort de s’impliquer dans le récit s’il veut en trouver toutes les clés. C’est maitrisé, déprimant et grandiose en même temps. Bref, un roman unique, à aborder l’esprit ouvert.

Verdict : Avec les honneurs

rock

Reiko MOMOCHI – Double Je, tome 3

double je 3Titre original : Inochi, book 3 (2009)
Date de parution : 02/07/2015
Editions : Akata
Collection : M
ISBN : 978-2-36974-069-8
Nb. de pages : 192 pages
Prix constaté : 6.95€

Résumé :
Nobara doute de l’identité de Murase, le petit copain de son amie. Elle le soupçonne d’être Gôtôda, le meurtrier de sa soeur qui a eu recours à la chirurgie esthétique. La jeune fille enquête pour découvrir la vérité.

Impressions :
Dans ce troisième tome de « Doule Je », Nobara prise dans un engrenage des plus malsains, découvre que sa résolution n’est peut-être pas aussi ferme qu’elle le croit. Au bout du compte, prendre une décision radicale, à même de changer toute sa vie, est plus difficile qu’il n’y parait. Sa soif de vengeance va la pousser à s’acharner et l’obligera à faire un examen de conscience. Ce tome nous plonge plus loin dans le processus de deuil des victimes, entre déni et acceptation. La tension est extrême. Reiko Momochi s’interroge sur la notion de pardon et sur le désir de rédemption. Chaque acte est-il pardonnable ? Peut-on mettre de côté le passif des gens s’ils montrent patte blanche ? La réponse est ambiguë car chaque situation est différente, de même que nous ne sommes pas égaux face à nos émotions.

 La mangaka maitrise très bien son récit avec ce tome qui marque la transition entre les deux premiers et les deux derniers tomes. Ici, tout s’accélère, les révélations pleuvent, mais forcément celles que l’on attend, le meurtre de Kotori n’étant pas élucidé pour autant. Il faut plutôt chercher du côté des émotions de Nobara et de ses proches. Chacun a une vision différente de l’avenir, entre ceux qui veulent oublier pour mieux aller de l’avant et ceux qui veulent pardonner pour pouvoir faire leur deuil. La façon dont réagit Nobara est l’antithèse de celle de sa grand-mère. La colère de Nobara la ronge et ce troisième tome nous le démontre avec clarté. Sa culpabilité envers sa sœur n’est au final pas si différente de la culpabilité qu’éprouve Gôtoda, prêt à mourir pour se racheter. Un tome tout en émotions bouillonnantes et en tension dramatique, et un aperçu du tome 4 qui pique l’intérêt.

Verdict : Avec les honneurs

rock

 

Holly GODDARD JONES – Kentucky Song

kentucky songTitre original : The next time you see me (2013)
Date de parution : 05/02/2015
Editions : Albin Michel
Collection : Terres d’Amérique
ISBN : 978-2-226-31465-9
Nbr de pages : 478
Prix constaté : 25€

Résumé :
L’étrange disparition de Ronnie Eastman, jeune fille sans histoire aimant faire la bringue et collectionnant les conquêtes, va bouleverser la vie d’une douzaine d’habitants d’une petite ville du Kentucky.
Il y a Susanna, la sœur de Ronnie, bonne épouse, bonne mère de famille, elle n’en mène pas moins une vie morne et a toujours envié la liberté de sa sœur. Il y a Tony, ex star du basket devenu flic. Il y a Émilie, une gamine de treize ans un peu étrange et qui cache un terrible secret. Mais aussi Wyatt, un ouvrier tourmenté par son passé et obsédé par un amour qu’il ne pense pas mériter.
Liés les uns aux autres d’une façon qu’ils ne peuvent imaginer, ces personnages voient leur destin leur échapper. Ils ne découvriront pas seulement ce qui est arrivé à Ronnie mais en apprendront bien davantage sur eux-mêmes.

Impressions :
S’il y a bien une collection que j’aime quand je souhaite lire de la bonne littérature américaine, c’est celle de Terres d’Amérique chez Albin Michel. Ce sont souvent des romans qui fraient avec le thriller, des récits noirs où la psyché humaine est explorée dans ses moindres recoins. Où les humains sont retors, frisant le point de rupture, où l’espoir d’une vie meilleure côtoie le désespoir de situations insondables. Le premier roman d’Holly Goddard Jones gravite autour de la découverte d’un corps et des vies qui vont être bouleversées par ce cadavre.

  De prime abord, les différents personnages introduits n’ont rien en commun. Une jeune adolescente mal dans sa peau, une professeure qui éprouve des difficultés relationnelles avec son mari, un ouvrier débonnaire ridiculisé par ses collègues. Mais pourtant dans cette petite ville à la lisière du Sud profond où tout le monde se connait, chaque habitant se trouve d’une manière ou d’une autre lié à son voisin. Susanna est la prof d’Emily, l’ado renfermée et Wyatt travaille avec le père de celle-ci. Lors d’une promenade en forêt, la découverte du corps d’une femme va venir faire voler en éclats l’équilibre précaire instauré dans cette petite ville en apparence sans histoire. En apparence seulement…

  Holly Goddard Jones n’a pas son pareil pour dresser un portrait corrosif de ses contemporains, poussé dans leurs derniers retranchements, livrés à leurs pulsions intimes. Brimades, intolérance, absence de compassion, les personnages en prennent pour leur grade. Dans ce paysage désolé où les mentalités n’ont pas beaucoup évoluées, la différence est mal perçue. C’est une tare, une aberration, un crime même. Trop gros, trop réservée, trop libérée, trop gentil, tout peut être retenu contre vous. La norme, c’est la meute, se fondre dans cette masse qui se moque et qui se complait dans son étroitesse d’esprit. Pas étonnant, dès lors, d’assister à ce drame que l’on prend à rebours, au fur et à mesure que les personnages nous racontent leur histoire. La narration est brillamment construite, évoluant jusqu’au point de rupture où tout a basculé. Un roman féroce et sans complaisance.

Verdict : Avec les honneurs

rock

Reiko MOMOCHI – Double Je, tome 2

double-je-2Titre original : Inochi, book 2 (2008)
Date de parution : 15/05/2015
Editions : Akata
ISBN : 978-2-36974-062-9
Nbr de pages : 162
Prix constaté : 6.95€

Résumé :
Deux mois ont passé depuis le décès de Kotori. Et la pauvre Nobara, hantée par sa culpabilité, a bien du mal à se faire passer pour sa sœur.

Comment faire pour recommencer à vivre, sous les traits d’une sœur trop parfaite ?
Est-il possible de mentir éternellement à tout son entourage ?
Mais les choses prendront un nouveau tournant, quand le meurtrier présumé sera retrouvé et que commencera son procès…
Un procès dont la tournure pourrait s’avérer dévastatrice.

Impressions :
Si le premier tome nous permettait de faire connaissance avec Nobara et sa famille dysfonctionnelle, ce second tome taille dans le vif du sujet ! Résolument polar, ce tome fait la part belle à l’enquête sur le meurtre de Kotori, avec une belle critique sous-jacente du système judiciaire japonais ! Le procès et son fonctionnement est passionnant à suivre et permet à la mangaka de lancer de nombreuses pistes de réflexion sur la notion de responsabilité, de justice et de rédemption.

  D’un autre côté, Reiko Momochi accentue le trait sur l’abnégation dont fait preuve Nobara pour épargner ses proches. Doit-elle renoncer à elle-même pour apporter la paix à sa mère ? Comment vivre avec cette culpabilité de tous les instants ? Est-ce que tout ça a un sens ? En pensant préserver sa mère, elle se rendra compte qu’elle a fait du mal à ses amis. Un cercle vicieux dans lequel Nobara s’enfonce au fur et à mesure que le temps passe…

  Le manga possède toujours des planches très dynamiques, peu de vide mais des expressions qui sont mises en valeur à certains moments clé (le petit sourire de Gotôda, brrr). En seconde partie de tome, le manga prend une tournure plus énigmatique, Nobara se lançant sur les traces du meurtrier présumé de Kotori. De nombreuses questions sont soulevées, on s’interroge beaucoup sur les motivations de Manabu Gotôda. La fin donne la furieuse envie de connaitre la suite, un bon point pour ce shôjo atypique !

Verdict : Avec les honneurs

rock