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Daisuke IMAI – Sangsues, tome 1

sangsues-casterman-01Complet en 5 tomes
Titre original : Hiru (2011)
Date de parution : 13/05/2015
Editions : Casterman
Collection : Sakka
ISBN : 978-2-203-09536-6
Nbr de pages : 156
Prix constaté : 8.45€

Résumé :
Yoko, une fille à première vue ordinaire, s’est évaporée. Nous ne la voyons pas, mais elle est là, juste sous nos yeux : Yoko vit chez nous pendant notre absence, allant d’un appartement à un autre selon ses besoins et ses envies. Yoko est une sangsue : elle a cessé d’exister aux yeux de la société et vit désormais, invisible, dans ses replis, dans l’angle mort de nos consciences. Elle se croit seule dans son cas, elle va découvrir toute une société parallèle, un amas d’électrons libres qui coexistent sans que nous les voyions alors que la violence y est omniprésente. Car les sangsues se disputent nos domiciles, qu’elles appellent des nids, s’affrontent dans de sanglantes guerres de territoire et se livrent à des vendettas qui tournent volontiers au massacre.

Impressions :
Dans ce premier tome de « Sangsues » de Daisuke Imai, nous allons à la rencontre des évaporés, ces quelques centaines d’habitants qui, chaque année, disparaissent sans laisser de traces au Japon. Pression monstrueuse au travail, vie de famille difficile, problèmes financiers, on ne sait pas trop. Mais tout porte à croire que ces gens s’évanouissent dans la nature car ils se sentent dépassé par la société. A partir de ce phénomène sociétal réel, Daisuke Imai dresse le portrait d’une jeune femme, Yoko, qui à la suite d’un accident va choisir de ne pas démentir sa mort et commencer une vie parallèle en tant que « sangsue ». Pourquoi donc ce terme ? Parce que Yoko qui ne possède plus d’existence « réelle » s’introduit chez des gens absents (au boulot, en vacances, etc.) pour y prendre une douche, manger, passer du temps… et ce toujours en remettant tout à sa place et en partant avant le retour de la personne, de sorte qu’elle ne se rende compte de rien… En gros, en vivant à ses dépens, comme un micro-organisme qui aurait investi sa maison. Flippant, non ? Qui sait, vous abritez peut-être une sangsue vous-même chez vous sans le savoir…

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Yoko s’introduit chez vous et prend ses aises…

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Sans savoir qu’il y a des règles à respecter !

  Ce premier tome pose les bases de ce mode de vie si particulier et nous emmène sur les pas de Yoko, qui s’improvise sangsue sans même en connaitre les règles. Car oui, il y a un code à suivre pour devenir sangsue et Yoko va vite le faire voler en éclats et mettre ainsi sa vie en danger. L’atmosphère est mystérieuse mais aussi angoissante, Daisuke Imai jouant sur le sentiment d’intrusion et de perte de repères qu’opère Yoko et ses semblables. En cela, la mise en scène est très bien faite car elle laisse la place à des arrêts images par images, avec un détail qui change de-ci-de-là mais qui entraine la peur. Un peu comme dans les films d’épouvante où le personnage est allongé sur le lit, il y a une douce brise qui agite les rideaux, tout est calme, puis zoom sur les jambes de quelqu’un qui se tient penché près de lui. De quoi glacer le sang ! On remarque d’ailleurs que dans tout le tome, le mangaka use de procédés cinématographiques et que l’impact visuel est très important pour lui, au détriment peut –être de dialogues peu présents dans ce premier volume. Côté graphisme, c’est agréable à l’œil, avec des contrastes très appuyés. Beaucoup de noir pour renforcer l’aspect angoissant, les mouvements mis à l’honneur, même si on peut regretter le manque de décors qui créé une impression de vide parfois. Néanmoins, l’ambiance est posée, l’intrigue pleine de suspense et notre héroïne fort sympathique. Unejeune fille comme une autre, qui va vivre une expérience hors du commun.

Verdict : Bonne pioche

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Inger WOLF – Mauvaises eaux

mauvaises eauxTitre original : Ondt Vand (2012)
Paru le : 20/03/14
Editions : Mirobole
Collection : Horizons Noirs
ISBN : 979-1092145175
Nbr de pages : 347
Prix constaté : 21€

Résumé :
Deux femmes disparaissent sans laisser de traces à Arhus. Le même automne, un paysan découvre dans un de ses champs, sous un tas de pierres, deux valises contenant deux corps de femmes. La peau de la première victime présente une multitude de traces en « Y » comme autant de petites incisions, les cheveux de la seconde sont piqués d’une fleur rarissime qui pousse essentiellement dans les prairies américaines. Le commissaire Daniel Trokic, en charge de l’enquête, devra s’intéresser de près aux rituels d’Afrique noire, aux vieilles mines de charbon danoises et aux sangsues….

Impressions :
Dernièrement, bon nombre de thrillers nous parviennent depuis les pays scandinaves, une manne qui avait été longtemps laissée de côté et que les éditeurs ont eu la bonne idée d’enfin traduire. Le thriller d’Inger Wolf, auteur qui nous vient du Danemark, reproduit cette mode qui veut que chaque roman reprenne les mêmes inspecteurs/légistes, etc. pour offrir une impression de série télévisée dont on suivrait les différentes enquêtes. Suite à Nid de guêpes, Mauvaises eaux se propose donc de nous faire suivre le commissaire Daniel Trokic qui enquête sur une nouvelle affaire. Il y a bien quelques références au précédent roman mais comme toujours les « tomes » peuvent se lire indépendamment les uns des autres. Mais que vaut donc ce thriller danois ?

  Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’Inger Wolf sait instiller l’horreur avec ses descriptions détaillées et graphiques qui nous plonge dans l’esprit malade d’un tueur. Très visuel, sans concession, « Mauvaises eaux » installe un climat anxiogène, étouffant car l’auteur réussit à nous faire nous identifier aux victimes, lors de passages où celles-ci se débattent pour leur survie avant le compte à rebours final. Cette manière de nous rapprocher des proies du tueur provoque un sentiment de confusion car le lecteur se retrouve projeté dans la psyché de la victime qui ne comprend pas ce qui se passe ni qui est son bourreau. Le procédé est ingénieux, de même que les tortures choisies par le tueur qui mettent en scène des sangsues, des pratiques africaines et une bonne dose de folie.

  Le commissaire Daniel Trokic qui mène l’enquête est épaulé par une équipe soudée, qu’il n’hésite pas à envoyer faire le sale boulot (oui, il est sympa le commissaire). Si Trokic m’a semblé un peu lisse, j’ai plus apprécié Lisa Kornelius, jeune policière aux talents multiples, qui va du hackage au profilage. L’enquête qui mêle de vieilles croyances africaines à des personnages ayant perdu la raison est très bien menée, le suspense étant au rendez-vous. Le roman offre son lot de rebondissements bien que certains enchainements m’aient parus étranges voire incohérents. Surtout les réactions ou actions de certains personnages que je n’ai pas trouvés très réalistes. Notamment la jeune femme qui se sait suivie et en danger mais ne prévient pas la police, à la policière qui se fait avoir en beauté à la fin du roman alors qu’elle est censée savoir se défendre et qu’elle était prévenue ET armée. Dommage.

  En bref, un thriller efficace dont l’intrigue anxiogène mêle habilement de vieilles croyances africaines à une sordide histoire de sangsues. Bien menée, le roman pêche un peu au niveau des réactions des personnages qui ne sont pas toujours crédibles. A saluer, les finitions de l’objet-livre chez Mirobole éditions, qui fait correspondre l’image de couverture non seulement à l’histoire, mais aussi au mini-dessin se trouvant sur la tranche du roman. Une belle édition !

Verdict : Bonne pioche

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