Archives de Tag: Seinen

Miso SUZUKI – Bienvenue chez Protect, tome 1

bienvenue chez protect 1Complet en 3 tomes
Titre original : Nana no Literacy (2014)
Date de parution : 14/04/2016
Editions : Akata
ISBN : 978-2-36-974095-7
Nbr de pages : 178
Prix constaté : 7.95€

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Résumé :
Pour son apprentissage professionnel, la jeune Nanami doit réaliser un stage en entreprise. C’est au sein de la société Protect qu’elle va avoir la chance de pouvoir s’immerger dans le monde du travail… Cette boîte de consulting en médias numériques est dirigée par un véritable génie de l’informatique : un certain Jingorô Yamada ! Consultant aussi extravagant que visionnaire, il va ouvrir la lycéenne à de nouveaux horizons… Et sa première mission sera de remettre sur les rails un mangaka dont la carrière est au point mort. Et si le numérique était la clé pour créer de nouveaux business models dans le monde de la culture et du droit d’auteur ?

Impressions :
Un manga qui nous parle d’économie, du passage au numérique et des coulisses du secteur culturel, voilà qui a de quoi étonner le lecteur. C’est pourtant le parti pris par Miso Suzuki qui a décidé de nous livrer son expérience en tant que nouveau modèle économique dans ce manga bouclé en trois tomes. Un seinen publié chez Akata et qui devrait plaire à ceux qui s’intéressent au marché du livre, aux auteurs tentant de percer dans le milieu et même aux étudiants en nouvelles cultures numériques. Un manga oscillant entre réalité et fiction qui trouve le ton juste pour nous parler des difficultés que rencontre le secteur culturel…

  Ce premier tome de « Bienvenue chez Protect » nous place dans la peau de Nanami Konomi, une lycéenne devant faire un stage chez Protect, une boîte de consulting en médias numériques dirigée par un génie : Jingorô Yamada. A travers les premiers pas de Nana dans cette entreprise, nous découvrons les nouvelles méthodes de communication inspirées par ce dernier, avec à la clé, une mise en lumière du monde du livre papier, pas vraiment florissant, et une explication sur le pourquoi du comment l’ebook ne décolle pas vraiment. Le discours de Jingorô est clair et précis et nous fournit une multitude d’informations sur le marché du livre, avec ses pièges et ses faiblesses mais aussi son champ de possibilités. C’est passionnant à lire, pas complexe à saisir malgré un discours parfois technique (notamment lors de la transformation et de la mise en ligne d’un ebook), j’ai découvert plein de petites choses sur ce secteur qui ont fait grand sens.

  Assez bavard, ce seinen plante ici ou là quelques petites touches d’humour qui permettent d’alléger un ton plutôt sérieux. Le personnage de Jingorô est l’archétype même du génie excentrique. Se baladant souvent à poil, s’endormant dans les endroits les plus incongrus et ayant des méthodes de travail assez particulières, ce chef d’entreprise est un visionnaire qui peut saisir une situation en un clin d’œil. Son air hirsute contraste avec son assistante toujours tirée à quatre épingles et donne droit à une scène d’introduction plutôt cocasse. Côté graphisme, le trait est de type réaliste, beaucoup de gros plans sur les visages, pas trop d’effets de manche. C’est un style assez simple. A noter quelques proportions parfois malheureuses (entre une tête et une main par exemple) mais rien de trop flagrant. Bref, un sujet passionnant pour ce manga hors-norme.

Verdict : Bonne pioche

bonne-pioche

Motorô MASE – Démokratia, tome 3

démokratia 3Saison 1 complète en 5 tomes
Date de parution : 25/09/2015
Editions : Kazé
Collection : Seinen
ISBN : 978-2-82032-210-4
Nbr de pages : 192
Prix constaté : 8.29€

Résumé :
L’expérience Dēmokratía a mal tourné : suite à un “incident”, Mai a frappé Iguma qui est mort des suites de ses coups. Suspecté dans cette affaire, Taku Maezawa, le créateur de Dēmokratía, a pris la fuite et tente d’échapper à la police tout en suivant le devenir du robot humanoïde à distance. Les faits et gestes de Mai sont désormais entre les mains de la communauté qui la contrôle… mais au fond, peut-on espérer une once d’humanité de la part d’un corps dénué de conscience ?

Impressions :
Après un second tome de haute volée, le troisième tome de Demokratia vient une fois de plus mettre un coup de pied dans la fourmilière qu’est la petite communauté d’utilisateurs du programme qui gère Mai. En cause, des questions d’anonymat, de racisme et même d’euthanasie. L’androïde faisant la rencontre d’un vieil homme solitaire qu’ « elle » sauvera, la communauté devra décider s’il entre alors sous « sa » responsabilité de l’aider plus avant. J’ai apprécié le ton tout en pudeur avec lequel Motorô Mase parle de la vieillesse. Que ce soit Mme Yoshimura ou Mr Oikawa, je les ai trouvé très touchants chacun à leur manière.

  Le mangaka mêle habilement des faits de société aux problèmes de conscience que rencontre sa démocratie virtuelle. Les interrogations soulevées sont intéressantes, Motorô Mase ne se posant pas en donneur de leçons. Le mangaka amène ainsi plusieurs cas de figure en faisant partager le quotidien de certains des utilisateurs de démokratia, qui se feront influencer par leurs expériences personnelles. Ainsi la haine de Harukic2 envers les étrangers trouve sa source dans ses problèmes professionnels. De cette manière, le mangaka nous propose une vue d’ensemble, avec ses pour et ces contre.

  Ce que j’apprécie dans ce seinen, c’est son ton très actuel. Motorô Mase mêle des cas de conscience à des problèmes de société que l’on rencontre tous les jours. Les décisions prises par l’ensemble de la communauté, même si elles doivent être prises à l’unanimité, ne sont pas forcément exemptes de défaut. On se demande de plus en plus comment Mai pourrait être « l’être artificiel » par excellence, guidée comme elle l’est par des humains aux failles et aux vices si nombreux. Il n’y a qu’à voir le bashing dont les membres font preuve dès qu’il s‘agit de trouver un bouc émissaire à tous leurs problèmes. C’est révélateur. Bref, encore un très bon tome pour Demokratia !

Verdict : Avec les honneurs

rock

Shûzô OSHIMI – Dans l’intimité de Marie, tome 4

dans l'intimité de marie 47 tomes en cours au Japon
Titre original : Boku wa Mari no Naka, book 4 (2014)
Date de parution : 21/10/2015
Editions : Akata
ISBN : 978-2-36-9740841-1
Nbr de pages : 184
Prix constaté : 7.95€

Résumé :
L’enquête piétine… Yori et Isao ne savent plus trop comment faire, pour retrouver où est passé l’esprit de Marie. Aussi, un peu désespérés, ils rendent à nouveau visite à  » l’autre Isao « . Sera-t-il un allié de choix ? Pendant ce temps, l’intervention d’un professeur de Marie risque bien de poser quelques problèmes au sein de sa famille… Comment Isao fera-t-il pour gérer la tempête qui s’annonce ?

Impressions :
Ce quatrième tome ne plaira pas à tout le monde. A la question que l’on se posait « Où est Marie ? », Shûzô Oshimi choisit d’y répondre par une scène sulfureuse, une scène dérangeante que je n’avais pas anticipée au vu des trois premiers tomes assez soft. Enfin, le « Public averti » prend tout son sens… Si j’ai été un peu déçue par le tour pris par ce tome, le mangaka semble avoir une idée bien précise en tête et aborde la sexualité sans tabou. Moi qui trouvais Shûzô Oshimi respectueux vis-à-vis du rôle de la femme, on voit dans les gestes de Marie-Isao quelque chose de désespéré et d’un peu voyeur, on ne sait pas trop sur quel pied danser. Je pense qu’Oshimi aurait pu y passer moins de planches ou accentuer le côté « déconnecté » de la réalité sans y perdre en décharge émotionnelle. Certes, c’était peut-être voulu, comme un électrochoc pour Marie et pour le lecteur, une manière de la faire réagir en somme (l’avenir nous le dira), mais j’ai trouvé ça trop long et dispensable sur une bonne partie.

  La première partie du tome est magnifiquement menée par contre. Surtout les passages avec la mère de l’adolescente, qui montre ouvertement son désarroi face à son nouveau comportement. L’impact que tout ça a sur sa vie familiale commence à se faire ressentir, on sent ses parents à bout, prêts à se déchirer pour décider ce qu’il y a de mieux pour la jeune fille. L’émotion est là, sur les visages des personnages, dans l’expressivité d’un regard vide, c’est poignant. Le trait est vraiment maitrisé, Shûzô Oshimi se révèle particulièrement à l’aise avec les visages et les sentiments à fleur de peu. Côté intrigue, le final du tome qui met en scène la confrontation de Marie-Isao avec ses camarades de classe et la mini-apparition de Marie laisse présager une confrontation. Entre Yori et Marie-Isao. Entre l’éveil sexuel et le respect du corps. Gageons que le mangaka saura mener tout ça avec tact (je croise les  doigts).

Verdict : Roulette russe

roulette-russe

Motorô MASE – Démokratia, tome 2

démokratia 25 tomes finis (1st season)
Titre original : Démokratia, book 2 (2014)
Date de parution : 17/06/2015
Editions : Kazé
Collection : Seinen
ISBN : 978-2-82031-736-0
Nbr de pages : 224
Prix constaté : 8.29€

Résumé :
Acculé et véritablement au bord de la crise de nerfs, Seno a pris Mai en otage et fonce pied au plancher vers un quartier fréquenté pour y perpétrer le massacre annoncé sur le web. Mais alors qu’il est sur le point de basculer dans la folie, la voix de l’androïde le confronte à ses vraies peurs, espérant ainsi le ramener à la raison…
La conscience collective de Démokratía permettra-t-elle d’éviter le drame sur le point d’advenir ?

Impressions :
On avait quitté Mai dans un cliffhanger insoutenable à la fin du tome 1 et ce second tome réussit le tour de force de maintenir une tension extrême tout du long, de quoi plaire aux amateurs de seinen psychologique ! Les tragédies s’enchainent autour du robot, l’expérience virtuelle imaginée par Taku et Hisashi semblant démarrer sous de bien mauvais auspices. J’ai eu un gros coup de cœur pour ce second tome dont je n’attendais pas un des événements principaux (du moins pas aussi tôt et pas dans des circonstances aussi extrêmes). Motorô Mase m’a vraiment bluffée sur ce coup-là. Le mangaka prend des risques et j’apprécie le tournant qu’il fait prendre à son récit.

  En dehors d’un dynamisme certain, ce second tome nous interroge un peu plus sur les notions de bien et de mal, de communauté, d’anonymat et de bien d’autres choses encore. C’est mené de façon intelligente, sans parti pris. Grâce aux leçons qu’ils tirent de la direction de Mai, certains essayeront de s’améliorer, ce qui montre qu’il y a du bon comme du mauvais à gagner de cette expérience unique. Le chemin pour faire de Mai un « humain » parfait semble encore long ! A la fin du tome, les cartes sont redistribuées et Mai se retrouvent aux mains des seuls membres de la communauté. Comment va-t-elle s’en sortir ? Ses « pilotes » sauront-ils apprendre de leurs erreurs et se remettre en question ? Les visages sont toujours aussi expressifs, l’émotion à fleur de peau page. Un très bon seinen !

Verdict : Nuit blanche

nuit-blanche

Ayako NODA – Le Monde selon Uchu, tome 1

le monde se lon uchu 1Titre original : Watashi no Uchuu (2012)
Traduit par : Aurélien Estager
Date de parution : 17/02/2016
Editions : Casterman
Collection : Sakka
ISBN : 978-2-203-09713-1
Nbr de pages : 213
Prix constaté : 8.45€

Résumé :
Alice arrive dans une nouvelle école et fait la connaissance d’Uchu, camarade de classe taciturne. Il apprend à la jeune fille que leur monde est en fait un manga dont il est le héros, et qu’à ce titre il ne peut pas mourir. Alice commence alors à remarquer que des cercles contenant des mots apparaissent parfois au-dessus d’elle et a la sensation d’être constamment épiée.

Impressions :
Voilà un manga que je voulais absolument tenter à cause de son pitch franchement original. L’histoire d’Uchu, personnage central d’un manga dont il se rend compte qu’il est un personnage ! Comment réagiriez-vous si vous vous rendiez compte que vous n’êtes pas réel et que vos moindres faits et gestes sont épiés et dictés par un dessinateur omniscient. Perturbant, non ? Eh bien, c’est l’idée imaginée et mise en scène par Ayako Noda, une nouvelle venue dans le manga mais qui, je suis sûre, fera beaucoup parler d’elle ! Un manga original, complet en deux petits tomes, et qui permet de voir le Manga sous un autre angle.

  Avec un tel concept, la mangaka ouvre tout un champ de possibilité que l’on espère voir exploité. Et du potentiel, il y en a à la pelle. Des personnages qui nous interpellent, nous lecteurs de cette histoire, qui se censurent ou essaient de détourner notre attention (comme lors de la douche), autant de stratagèmes qui ont le mérite de nous immerger complétement dans le récit. Uchu, le héros du manga, n’est pas le seul à se rendre compte qu’il est un personnage fictif. Un de ses camarades de classe et son professeur sont aussi au courant du phénomène. Uchu va jusqu’à mettre dans la confidence deux de ses proches. A partir de là, le récit prend un tournant peu courant, le lecteur faisant partie intégrante de l’histoire. Un peu à la manière d’un voyeur…

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  La mise en scène est efficace. Loin de mettre en avant une avalanche d’effets de manche comme on pourrait le craindre, Ayako Noda mise tout sur des planches simples tout en se jouant des codes du genre. Bulles, décors en fleurs, onomatopées et autres motifs qui sautent sur les personnages, c’est comme si l’on redécouvrait les codes du manga avec toutes ses subtilités. Le trait de la mangaka est agréable, un peu shôjo avec de nombreux coups de crayon visibles. Parfois drôle, toujours décalé, le ton du « Monde selon Uchu » est celui de l’adolescence et du milieu scolaire. Uchu, à défaut d’être attachant, est un personnage mystérieux qui ne se livre pas à nous (forcément !). Sa disparition nous donne envie d’en savoir plus et de découvrir le fin mot de ce manga pas comme les autres.

Verdict : Bonne pioche

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