Archives de Catégorie: Fantastique

Anthelme HAUCHECORNE – Le Nibelung, tome 1 : Le carnaval aux corbeaux

le nibelung 1Illustration de couverture : Loïc Canavaggia
Date de parution : 15/02/2016
Editions : du Chat noir
Collection : Graphicat
ISBN : 979-10-90627-96-3
Nbr de pages : 320
Prix constaté : 19.90€

Résumé :
Ludwig grandit à Rabenheim, un petit bourg en apparence banal.
Claquemuré dans sa chambre, il s’adonne au spiritisme. À l’aide d’une radio cabossée, il lance des appels vers l’au-delà, en vue de contacter son père disparu.
Jusqu’à présent, nul ne lui a répondu…
Avant ce curieux jour d’octobre.
Hasard ? Coïncidence ? La veille de la Toussaint, une inquiétante fête foraine s’installe en ville. Ses propriétaires, Alberich, le nabot bavard, et Fritz Frost, le géant gelé, en savent long au sujet du garçon. Des épreuves attendent Ludwig. Elles seront le prix à payer pour découvrir l’héritage de son père.
À la lisière du monde des esprits, l’adolescent hésite…
Saura-t-il percer les mystères de l’Abracadabrantesque Carnaval ?

Impressions :
Après 3 années d’attente, Anthelme Hauchecorne frappe de nouveau avec le premier tome du Nibelung, un roman fantastique qui revisite le mythe des fêtes foraines avec ses freaks flippants et ses attractions sanglantes. Un roman d’épouvante mais pas d’horreur, l’auteur faisant l’impasse sur le gore, et qui mêle habilement humour et fantasmagories. Les fêtes foraines vous filent des cauchemars ? La Toussaint et son cortège de fantômes vous donnent des sueurs froides ? Vous aimez les jeux de mots et autres attrape-nigauds ? Alors venez faire un tour du côté de l’abracadabrantesque carnaval, vous ne serez pas déçu du voyage…

  Quand Anthelme Hauchecorne choisit de dépoussiérer le genre cauchemardesque, celui qui nous fait craindre les créatures tapies dans la nuit, qui nous pousse à vérifier si rien ne se cache sous nos lits, il le fait avec cette faconde dont lui seul a le secret. Le récit se déroulant en Alsace, c’est tout naturellement qu’il choisit d’exploiter les contes et légendes germaniques, terreau riche d’histoires effrayantes. Il y est question de hollandais volant, de schimmelreiter, de nachtrabe, d’Alcherich ce nain légendaire que l’on retrouve dans l’opéra de Wagner et d’autres créatures provenant du folklore germanique. A cela, il mêle les coutumes des forains et les peurs qui découlent du freak show, ce carnaval de difformités qui exercent fascination et répulsion sur le lecteur.

  Si l’atmosphère est sombre et poisseuse à souhait, l’auteur n’oublie pas d’y mêler une pincée d’humour noir à l’aide de nombreux jeux de mots et de références cachées que ne dénigrerait pas un Hitchcock au top de sa forme. On suit ce jeu de pistes macabre, conçu telle une marche funèbre diabolique qui nous emmènerait dans un univers à la lisière de la folie où ectoplasmes et malédiction s’amalgament. L’imagination débordante de l’auteur semble parfois nous submerger, tant les thèmes et les références brassées sont nombreux. Et ce ne sont pas nos ados héros qui nous contrediront : leur patronyme de Grimm et Poe sont autant de rappel aux contes fantastiques et effroyables de la littérature classique du genre. A noter que ce premier tome du Nibelung est bien plus accessible aux ados que « Le Sidh », qui était bien plus trash et glauque. Et l’édition du chat noir, avec son format relié et illustré, en fait un très bel objet !

Verdict : Avec les honneurs

rock

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CREPIN & MARTY & LU Li – L’Ombre de Shangai, tome 3 : Une alliée redoutable

L'ombre de shangai 3Date de parution : 09/10/2015
Editions : Fei
ISBN : 978-2359-66012-8
Nbr de pages : 78
Prix constaté : 12.90€

Résumé :
Gaspard se remet miraculeusement de ses blessures quand l’ombre se manifeste à nouveau dans la maison des Cartier. Elle échappe in extremis aux hommes du commissaire Leclaire qui jure d’avoir sa peau. Celle que tout Shanghai qualifie désormais de « monstre » envahit la vie de Lila qui ne parvient à la maîtriser qu’au prix d’immenses efforts et de gros dégâts. Feng, qui révèle enfin à sa fille adoptive ses origines, en est la première victime…

Impressions :
Ce troisième tome nous permet enfin de découvrir les origines de « L’Ombre » et la vérité sur le passé de Lila. Le fait qu’elle soit orpheline et que le vieux Feng l’ait recueilli, tout nous est révélé. Ce qui fait beaucoup à encaisser pour la jeune fille qui découvre la nature de son « don ». Un tome riche en révélations qui fait bien progresser l’intrigue et qui, du coup, passe beaucoup trop vite ! A peine découvre-t-on ce passif que le tome est déjà terminé. J’aurai aimé en savoir plus sur le fameux seigneur de guerre à l’origine des pouvoirs de Lila et sur les raisons qui ont poussé le vieux Feng à épargner cette enfant plutôt qu’une autre. Ça aurait donné plus de poids à cette révélation.

  Si la traque de « L’Ombre » semble s’intensifier et les sentiments de Gaspard évoluer un peu envers celle-ci, il reste du chemin à parcourir avant que Lila accepte sa condition. Ses émotions à fleur de peau nous apparaissant comme le déclencheur de ses pouvoirs, je serais curieuse de voir comment les auteurs parviendront à expliquer pourquoi celle-ci se transforme alors que ça ne semblait pas être le cas pour le seigneur de guerre… J’espère que cette information ne passera pas sous silence et que les auteurs penseront à développer ces origines. A noter quelques répétitions notamment avec l’inspecteur Leclaire. Côté dessins, c’est toujours aussi beau. Le trait de Li Lu est dynamique et expressif, les décors soignés. L’utilisation des couleurs avec des scènes de jour et nuit est des plus réussis.

Verdict : Bonne pioche

bonne-pioche

Christopher BUEHLMAN – Entre ciel et enfer

entre ciel et enferTitre original : Between two fires (2012)
Traduit par : Alexandra Maillard
Date de parution : 10/09/2015
Editions : Fleuve
ISBN : 978-2-265-09830-5
Nbr de pages : 534
Prix constaté : 22€

Résumé :
1348.
Après la famine, la peste s’abat sur la France. Des fléaux envoyés par Satan, convaincu désormais que Dieu a abandonné les hommes. Le temps est venu pour les damnés de reconquérir leur gloire passée.
Thomas, un chevalier proscrit que la guerre et la peste ont conduit au banditisme, sauve une jeune fille du viol dans un village normand. Cette dernière prétend qu’elle a vu les anges, et que les morts lui parlent dans ses rêves. Selon ses dires, la peste n’est qu’une partie d’un plus grand cataclysme : le nouvel affrontement des anges déchus contre le ciel.
La jeune femme dit-elle vrai, ou a-t-elle sombré en plein délire ? Malgré ses doutes, Thomas accepte de traverser avec elle une France exsangue pour la conduire jusqu’en Avignon, résidence du pape. Là, elle pourra confondre le démon qui a ravagé la Terre, et redonner à Thomas son honneur et l’espoir d’un salut.
Alors que les anges déchus déchaînent leur haine, celui-ci se retrouve vite pris au piège d’une bataille cosmique entre le bien et le mal…

Impressions :
Récit moyenâgeux se déroulant à une époque où la France était à feu et à sang à cause de la grande épidémie de peste, « Entre ciel et enfer » ne fait pas dans la dentelle. Le ton est sombre, sinistre même. Le décor planté est celui d’un pays en proie à l’obscurantisme, à la mort, aux pillages, à la famine. Une époque où les cadavres jonchaient chaque coin de rue. Ou c’était chacun pour soi. Pour mieux faire passer la pilule amère de cette situation historique effroyable, Christopher Buehlman construit son récit autour d’une guerre que se serait livrée à l’époque anges et démons. Celle-ci expliquerait les raisons de cette pandémie, les anges déchus cherchant à nous tuer et à nous corrompre par tous les moyens…

  Malgré un récit particulièrement macabre, il faut reconnaitre que l’auteur fait montre d’un certain talent pour décrire les affres de la Peste noire. C’est sordide, pessimiste et assez fidèle au final. Les descriptions soulèvent le cœur par moment, tout a l’air sale, l’humanité se résumant à quelques pauvres hères tentant de survivre tant bien que mal. De cet univers moribond surgit parfois quelques étincelles de bonté, bien vite balayées par les influences démoniaques à l’œuvre. Le mélange entre histoire et fantastique fonctionne plutôt bien, l’auteur démontrant toute son habileté lors de scènes fantastiques très visuelles que l’on verrait bien reprises au cinéma (le passage avec la statue, celle dans le château cauchemardesque).

  Le langage familier voire châtié employé par l’auteur et l’impression de vice qui sourd des pages rendent la lecture poisseuse. L’atmosphère mise en place est étouffante et ne plaira sûrement pas à tout le monde. Thomas, ce chevalier excommunié qui a tout perdu, est un personnage intéressant parce qu’il est loin d’être noble. Bien que les évènements l’aient rendu sans pitié, il n’en est pas pour autant dénué de sens moral. Certes il n’est pas sans tâche mais il finit par se sacrifier pour autrui. La petite fille, quant à elle, reste un peu terne en comparaison. Elle représente en quelque sorte la petite flamme qui permet à Thomas de ne pas s’enfoncer dans les ténèbres. L’épilogue est très bien choisi et permet de boucler la boucle.

Verdict : Bonne pioche

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Michal AJVAZ – L’autre ville

l'autre villeTitre original : Druhé mesto (2005)
Parution le 02 avril 2015
Editions : Mirobole
Collection : Horizons pourpres
ISBN 979-10-92145-35-9
Nbr de pages : 224
Prix constaté : 19 €

GRAND PRIX EUROPÉEN UTOPIALES 2015
FINALISTE PRIX MYTHOLOGICA 2016
FINALISTE GRAND PRIX DE L’IMAGINAIRE 2016

Résumé :
Dans une librairie de Prague, un homme trouve un livre écrit dans un alphabet inconnu et l’emporte chez lui ; bientôt l’ouvrage lui ouvre les portes d’un univers magique et dangereux. À mesure qu’il s’enfonce dans les méandres de cette autre ville, il découvre des cérémonies baroques, des coutumes étranges et des créatures fascinantes ; derrière la paisible Prague des touristes, des cafés se muent en jungles, des passages secrets s’ouvrent sous les pieds et des vagues viennent s’échouer sur les draps…

Impression :
Les éditions Mirobole savent dénicher des romans hors du commun, ça c’est certain. Ils n’hésitent pas à publier des auteurs inconnus, des textes différents de ce que l’on voit habituellement. Avec « L’autre ville », on nage en plein délire. Le délire de l’auteur tchèque contemporain le plus réputé de son pays. Au vu du résumé, je m’attendais à quelque chose de surréaliste, de dépaysant et d’onirique. Et il est vrai que c’est un roman étrange. Il n’y a pas à proprement parler d’intrigue. A partir du postulat de départ (le narrateur découvre un livre écrit dans un alphabet inconnu qui lui permet d’entrer dans un univers onirique qui s’amalgame au monde réel), l’auteur tisse un canevas farfelu fait de rencontres importunes, de sensations exotiques et de fantasmagories visuelles. Du narrateur, on ne sait pratiquement rien. On ne fait que le suivre au gré de ses pérégrinations hallucinatoires.

  Malheureusement, je n’ai pas réussi à me laisser transporter par la transe promise. Si le roman est à bien des égards hypnotique (on finit par ne plus savoir ce qu’on lit et ce qui se passe au juste), il est aussi très déstabilisant. J’ai dû m’y prendre à plusieurs fois pour essayer d’y comprendre quelque chose, mais à chaque fois je me perdais dans le propos de l’auteur qui passe du coq à l’âne. Ce n’est pas un mauvais livre, mais comment dire, c’est le genre de roman qui tient plus de l’expérience à vivre à laquelle on adhère ou pas. Personnellement, je suis complétement passée à côté. L’auteur nous bombarde de mots, joue avec la syntaxe, les figures de style. Les phrases sont à rallonge, il s’arrête sur une description pour enchainer sur une autre et par dans des circonvolutions qui donnent le tournis. On en serait presque ivre. Je ne dirais pas que je n’ai pas aimé mais le voyage promis m’a laissé sur le quai. A tenter pour l’expérience.

Verdict : Pas ma tasse de thé

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Marcus SEDGWICK – Edgar sacré lascar, tome 2 : Fantômes et fantaisies

edgar2Titre original : The Raven Mysteries, book 2: Ghosts and Gadgets (2010)
Date de parution : 20/05/2014
Editions : Bayard Jeunesse
ISBN : 978-2747032735
Nbr de pages : 245
Prix constaté : 10.90€

Résumé :
Si les fantômes sont votre pire cauchemar, fuyez le château d’Autrepart ! Hellébore et son singe, Pote, sont sous le choc : dans un couloir sombre, ils ont croisé un effroyable revenant. Hélas, Lord Valvigne n’est d’aucun secours : il est trop occupé à inventer un détecteur d’or qui sauvera sa famille de la ruine. Lady Menthalo, elle, se consacre à sa nouvelle passion, la couture. Seule Solstice est consciente du danger. Déterminée à chasser le terrible fantôme, elle demande à Edgar de l’aider. Mais le vieux corbeau a si peur qu’il en claque du bec.

Impressions :
Après un premier tome des plus farfelus où l’on faisait connaissance avec les d’Autrepart, cette drôle de famille dont les membres semblaient échappés tout droit d’un asile de fous, cette seconde aventure nous replonge avec délice dans cet univers fantasmagorique. Edgar, ce surprenant corbeau qui nous sert de narrateur, boit du petit lait. Son ennemi juré, le singe Pote est terrifié par l’étrange apparition qu’il a croisée au détour d’un couloir : un fantôme hanterait le château d’Autrepart. Malgré son aversion pour le singe, il décide de mener l’enquête en compagnie de Solstice…

  Lu en à peine quelques heures, « Fantômes et fantaisies » est un court roman jeunesse bourré de malice et de péripéties qui nous permet de retrouver notre âme d’enfant. Récit d’aventure mâtiné de fantastique, le roman se déguste comme une petite douceur, on en laisse pas une miette et on se lèche les doigts ! Si le château d’Autrepart avec son architecture qui défie les lois naturelles semble le terrain de jeu idéal pour nous faire frissonner, on rit surtout beaucoup des situations cocasses dans lesquelles se retrouvent ses habitants.

  Pour Marcus Sedgwick, l’expression « mourir de peur » est à prendre au pied de la lettre et bientôt c’est l’hécatombe dans tout le château. En cause, le fantôme. Ou bien serait-ce autre chose ? Le point fort de cette saga, outre son univers étrange, reste ses personnages rocambolesques. Ils ont tout de la famille Adams. Entre le père obnubilé par ses machines abracadabrantesques, la mère sans cesse à la recherche d’une nouvelle passion et Edgar notre corbeau, qui jette un œil corrosif sur ses pairs, on se surprend à rire plus d’une fois. Un trésor caché, un enquêteur surnaturel, des découvertes macabres, tout y est pour nous faire passer un bon moment. Edgar, en narrateur attentif, nous ouvre ses ailes pour mieux nous plonger dans la confidence. Laissez-vous emporter !

Verdict : Avec les honneurs

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